Secourisme: Neuf Français sur dix souhaitent la mise en place d'une formation pour tous

ASSISTANCE Seulement un Français sur deux est initié aux gestes qui sauvent, révèle un sondage YouGov pour «20 Minutes»...

Céline Boff

— 

Formation au secourisme, illustration.
Formation au secourisme, illustration. — CHAUVEAU NICOLAS/SIPA

Enseigner aux futurs automobilistes les gestes de premiers secours? Les députés et les sénateurs sont pour. Cette semaine, le Parlement a définitivement adopté une proposition de loi visant à rendre obligatoire cet apprentissage dans le cadre de la préparation au permis de conduire. D’après Jean-Pierre Leleux, le sénateur UMP à l’origine du texte, cette évolution permettrait de sauver «250 à 350 vies chaque année».

Pour l’instant, la France est à la traîne en matière de secourisme. D’après un sondage réalisé par YouGov pour 20 Minutes, à peine plus d’un citoyen sur deux (56,3%) a été initié aux gestes qui sauvent, contre 74% en Allemagne et plus de 90% dans certains pays anglo-saxons. Et, selon la Croix-Rouge, seuls 29% des Français ont reçu une formation reconnue, le PSC1 (Prévention secours civiques de niveau 1).

Le grand public semble pourtant concerné par cette question. Selon notre sondage, près de neuf personnes sur dix (88,6%) pensent qu’il faudrait rendre cet enseignement obligatoire pour tous. A l’école, il l’est déjà: depuis août 2004, une loi impose à l’Education nationale de former les élèves de troisième au PSC1. Mais pour le moment, faute de moyens, tous les établissements n’y ont pas accès. Cette année, soit onze ans après la promulgation de la loi, seuls 30% des collégiens quitteront leur établissement avec ce diplôme en poche. 

Notre quiz: Testez vos connaissances en secourisme

Les Français se forment d'abord dans leur entreprise

Et les autres? «Nous sommes en train de généraliser un dispositif étalant la formation aux premiers secours depuis la primaire jusqu’à la fin du collège. Avec cette nouvelle organisation, nous devrions parvenir à former 100% des élèves dans trois ans», nous affirme-t-on au ministère.

Pour l’instant, c’est au sein de leurs entreprises que les citoyens se forment le plus. D’après notre enquête, 15,8% des Français ont suivi une formation aux premiers secours à l’initiative de leur employeur. Ils acquièrent ensuite ces compétences dans le cadre d’une formation professionnelle (13,7%) puis à l’école (11,4%) et au cours de la Journée défense et citoyenneté (10,1%).

Seuls 8,6% des Français se forment aux gestes qui sauvent de leur propre chef. «La plupart de ces personnes prennent cette décision après avoir été secouées par une expérience personnelle dramatique. Elles ont été confrontées à un accident, n’ont pas su comment agir et l’ont souvent payé très cher, en voyant leur enfant, leur conjoint ou encore l’un de leur parent mourir sous leurs yeux…», raconte Patrice Dallem, directeur de l’urgence et du secourisme à la Croix-Rouge.

D’après cet expert, si les Français ne sont pas suffisamment sensibilisés au risque et à la prévention, c’est paradoxalement parce que la culture du secours est très développée dans notre pays: «Le concept du Samu, c’est-à-dire l’idée d’apporter l’hôpital auprès de la victime, a été inventé en France. Les pompiers sont également équipés de véhicules médicalisés. Longtemps, l’Etat a donc adressé aux citoyens ce message implicite: "Dormez tranquilles, on s’occupe de vous!". Mais, aujourd’hui, ce n’est plus suffisant».

Forte hausse des catastrophes naturelles

D’abord parce que le nombre de personnes victimes d’un accident domestique ou de la vie courante reste considérable: 20.000 citoyens décèdent chaque année suite à une chute, un étouffement, une noyade ou encore une intoxication. Plus de la moitié d’entre eux pourraient être sauvés si les témoins connaissaient les bons gestes.

Et puis, le changement climatique change aussi la donne. «Depuis quinze ans, nous enregistrons une forte hausse des catastrophes naturelles et les Français ne se rendent pas compte qu’ils sont deux fois plus touchés que les autres Européens par ces phénomènes, notamment par les inondations et les tempêtes», se désole Patrice Dallem.

La Croix-Rouge propose d’ailleurs depuis trois ans un nouveau module, baptisé «Initiation à la réduction des risques», qu’elle a directement intégrée à la formation au PSC1. «Nous sensibilisons ainsi les populations aux risques qui les menacent directement dans leur bassin de vie et leur apprenons à agir en conséquence», conclut Patrice Dallem.

La méthodologie de l'étude

L'enquête a été réalisée par YouGov France sur 1.014 personnes représentatives de la population française âgée de 18 ans et plus. Le sondage a été effectué en ligne, entre le 26 février et le 1er mars 2015, selon la méthode des quotas.