Rebondissement dans l'affaire du doctorant qui aurait incendié un labo et tué 800 souris

JUSTICE Ne supportant plus la pression, le chercheur aurait mis au point un scénario quelque peu fumeux en mai 2014...

N.Beu.

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L'Institut Pasteur, à Paris, le 14 novembre 2008.
L'Institut Pasteur, à Paris, le 14 novembre 2008. — L.BONAVENTURE / AFP

L'affaire de l'incendie à l'institut Pasteur ne prendra pas fin ce mercredi. Alors que le jugement du doctorant accusé d'avoir mis le feu à un laboratoire en 2014, tuant 800 souris, avait été mis en délibéré au 11 mars 2015, le tribunal correctionnel de Paris a décidé de renvoyer l'affaire à un juge d'instruction. Il souhaite des informations complémentaires avant que justice soit rendue.

Un récit étrange

Les faits remontent au 19 mai de l'année dernière. Dans la nuit, un feu se déclare dans une unité du département d’immunologie de l’institut Pasteur, dans le 15e arrondissement de la capitale. Environ 800 souris meurent brûlées vives au troisième sous-sol du bâtiment.

L’enquête, menée par la police sous le contrôle du parquet, s’appuie alors sur le témoignage d’un doctorant de 27 ans, présent sur place dans le cadre de sa thèse. Ce qu'il faisait «régulièrement» à l'époque, selon son avocate, Me Géraldine Lesieur. Le jeune homme explique aux policiers avoir entendu du bruit et avoir découvert un escabeau sous une trappe menant au toit en allant voir ce qu’il se passait au dernier étage. Il se présente surtout comme principale victime de l'incendie, qui a réduit en cendres ses disques durs externes et les ordinateurs où était stockée une partie de ses travaux de recherche.

Un dossier pas assez complet

Une explication qui ne convainc pas les enquêteurs. D’autant que les images de vidéosurveillance montrent le chercheur faire d'étranges allées et venues dans les couloirs de l’institut Pasteur. Les policiers arrivent rapidement à la conclusion que le doctorant a lui-même incendié le laboratoire. Selon eux, il n’aurait pas supporté la pression liée à ses travaux recherches et aurait mis au point un scénario quelque peu fumeux pour s’en sortir.

Problème: selon Me Lesieur, «l'enquête a été bâclée et à charge contre mon client, qui n'y est pour rien». «Du coup, on a peut-être laissé des preuves de côté, avance-t-elle. Quand la justice veut aller trop vite, elle peut faire des erreurs.» Sans statuer sur le fond, le juge a en tout cas estimé que le dossier était incomplet. Selon Me Aurélien Hamelle, l'avocat qui représente l'institut Pasteur, partie civile dans le dossier, de nouvelles auditions devront être réalisées, des expertises psychiatriques effectuées sur la personne de l'incendiaire présumé et des précisions apportées sur le plan de l'institut et l'emplacement des caméras de vidéosurveillance. «Une bonne chose, réagit-il. Le tribunal veut simplement avoir des certitudes.»

L'instruction devrait être menée cette année, pour un retour de l'affaire au tribunal à une date inconnue. Si Me Hamelle mise sur le premier semestre 2016, Me Lesieur estime que le procès n'aura pas lieu «avant deux ans». Ce mercredi, le procureur avait requis deux ans d’emprisonnement avec sursis à l'encontre du doctorant.