Réforme du collège: Des parents d’élèves plutôt satisfaits, des enseignants réticents

EDUCATION La ministre Najat Vallaud-Belkacem présente ce mercredi une série de mesures appliquables à la rentrée 2016…

Laure Cometti

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Une classe de collégiens en France.
Une classe de collégiens en France. — LE MOINE MICHEL/SIPA

Les syndicats d’enseignants et les associations de parents d’élèves sont globalement d’accord sur un point: les mesures de l’ambitieuse réforme du collège présentée ce mercredi par Najat Vallaud-Belkacem doivent être précisées, et elles nécessiteront d’importants moyens en temps et en effectifs pour porter leurs fruits. Pour le reste, les réactions sont assez contrastées. 20 Minutes a recueilli les différents points de vue, mesure par mesure.

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L’apprentissage de la LV2 dès la 5e

Les associations de parents d’élèves se réjouissent de l'enseignement d'une deuxième langue vivante (LV2) dès la 5e. Pour Rodrigo Arenas-Muñoz, «c’est le signe que l’école reconnaît le caractère cosmopolite de notre société et la richesse de sa diversité». Le secrétaire général de la Fédération des conseils de parents d'élèves (FCPE) estime que cette mesure va «éduquer contre le repli sur soi, une priorité dans ce contexte post-attentats». L’offre de LV2 devra toutefois être améliorée, estime Myriam Menez, secrétaire générale de la Fédération des parents d'élèves de l'enseignement public (PEEP). «Le chinois, l’italien, le portugais ou l’arabe littéral sont des langues valorisées par les grandes écoles. Or les collégiens n’y ont pas toujours accès», note-t-elle. Les enseignants craignent quant à eux que cet apprentissage plus précoce de la LV2 ne se fasse au détriment de la LV1. Ils s’interrogent sur la répartition horaire, pas encore précisée par le ministère de l'Educatio,. Jean-Rémi Girard, secrétaire national du Syndicat national des lycées et collèges (Snalc), s’inquiète de la disparition des sections européennes et bilingues, qui entraînerait des suppressions de postes et l’augmentation de professeurs «volants», contraints de partager leur temps de travail entre plusieurs établissements.

Les enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI)

L’interdisciplinarité promue par la réforme séduit les parents. «Ce type de projet permet aux élèves plus faibles de s’épanouir et de reprendre confiance en eux», remarque Myriam Menez. «Les élèves vont être acteurs de leur apprentissage, c’est positif», se réjouit Rodrigo Arenas-Muñoz, qui insiste : «Notre monde a changé, et l’école de la République doit s’adapter, sinon les départs vers le privé risquent de s’accentuer.» Tous deux reconnaissent que ces nouvelles méthodes pédagogiques ne porteront leurs fruits que si les professeurs y sont correctement formés. Le corps enseignant est plus réticent à la glorification de l’interdisciplinarité. «Ce n’est pas un remède magique, et la structuration disciplinaire doit rester la base de l’enseignement», martèle Roland Hubert, cosecrétaire général du Syndicat national des enseignements de second degré (Snes). Il s’agace des propos de la ministre qui veut lutter contre la passivité et l’ennui chez les collégiens, «un discours convenu» et éloigné des réalités. Jean-Rémi Girard est plus tempéré, mais il s’inquiète du temps qui va être alloué aux EPI: «On a déjà du mal à boucler les programmes.»

Davantage de suivi personnalisé

Si les parents d’élèves accueillent favorablement l'annonce d'une plus grand suivi personnalisé, les enseignants déplorent à nouveau le manque de temps pour mettre en œuvre un soutien efficace. Au Snalc, on s’étonne par ailleurs de constater que ce suivi va être renforcé alors que l’accompagnement éducatif sera supprimé dans les collèges hors réseaux d’éducation prioritaire à la rentrée 2015. Les négociations entre le gouvernement et les syndicats d’enseignants, censées déboucher à la mi-avril sur la nouvelle grille horaire du collège, s'annoncent musclées.