«La fin de vie est trop souvent synonyme de souffrance, d’abandon, d’indifférence»

INTERVIEW Alain Claeys, co-rapporteur de la proposition de loi débattue ce mercredi, est opposé aux amendements des pro et anti-euthanasie...

Propos recueillis par Laure Cometti

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Le socialiste Alain Claeys le 8 octobre 2013 à Paris
Le socialiste Alain Claeys le 8 octobre 2013 à Paris — Jacques Demarthon AFP

Alain Claeys est co-rapporteur de la proposition de loi sur la fin de vie. Alors que certains députés, à gauche comme à droite, s’apprêtent à monter au créneau lors de l’examen du texte à l’Assemblée, les 10 et 11 mars, le député défend un texte qui garantit plus d’égalité aux malades et répond aux détracteurs du texte.

Que va changer cette proposition de loi pour les malades ?

Nous nous inscrivons dans un processus long, qui a débuté en 1999 avec la loi sur l’accès aux soins palliatifs. Puis il y a eu la loi Kouchner en 2002, qui consacre le consentement libre et éclairé du patient aux actes et traitements, et la loi Leonetti, en 2005, qui limite l’acharnement thérapeutique.

Aujourd’hui, nous souhaitons inscrire deux nouveaux droits pour le patient: le droit à être entendu, qui correspond aux directives anticipées contraignantes, et le droit d’avoir une fin de vie digne et apaisée, avec la sédation profonde pour les malades incurables et dont le pronostic vital est engagé à court terme.

Certains députés trouvent que votre texte va trop loin, d’autres estiment au contraire qu’il faut légaliser l’euthanasie...

Ce n’est pas une surprise, un sujet comme celui-ci suscite évidemment des réactions contrastées. Ces deux courants ont leur place dans le débat qui doit se dérouler de façon apaisée et constructive. Il n’y a pas de vérité révélée sur ce sujet. J’ai moi-même été marqué personnellement par toutes les réactions, dans l’hémicycle comme dans le cadre de la consultation citoyenne publique.

Il y a une inégalité devant la mort dans notre pays. La fin de vie est trop souvent synonyme de souffrance, d’abandon, d’indifférence. C’est à cela que nous devons répondre. Nous avons, avec M. Leonetti, souhaité combattre cette inégalité, et garantir plus d’égalité aux malades en leur donnant de nouveaux droits.

Jean Leonetti a fait savoir qu’il ne serait plus rapporteur de cette loi si des amendements susceptibles de la «dénaturer» étaient adoptés. Partagez-vous sa position ?

Absolument. Ni les amendements qui ne souhaitent rien ajouter à la loi de 2005, ni les amendements pour la légalisation de l’euthanasie ne me conviennent. J’ai fait savoir à mes collègues que j’étais défavorable à des modifications allant dans l'une ou l'autre direction, et que je quitterai mes fonctions de rapporteur si elles sont adoptées.