Fin de vie: Les pro et anti-euthanasie prêts à s’affronter à l’Assemblée

France L’examen de la proposition de loi sur la fin de vie démarre ce mardi à l'Assemblée nationale...

Laure Cometti

— 

François Hollande avec les députés Jean Leonetti (d) et Alain Claeys (g) lors de la remise de leur rapport sur la fin de vie, le 12 décembre 2014 à l'Elysée
François Hollande avec les députés Jean Leonetti (d) et Alain Claeys (g) lors de la remise de leur rapport sur la fin de vie, le 12 décembre 2014 à l'Elysée — Jacky Naegelen Pool

A la veille de l’examen de la proposition de loi n°2512 sur la fin de vie, mardi et mercredi à l’Assemblée, les divisions s’accentuent dans les rangs des députés. Le mot «euthanasie» a beau être le grand absent de ce texte, c’est bien ce point qui polarise le débat.

La fronde des députés PS pro-euthanasie

A gauche, le cap du «consensus» et de l’«apaisement» fixé par François Hollande, qui soutient la proposition de loi des députés Jean Leonetti (UMP) et Alain Claeys (PS), est loin d'être suivi. Et ce débat révèle à nouveau les divisions internes du PS.

Sur les 286 députés du Parti Socialiste, 122 ont signé l’amendement rédigé par Jean-Louis Touraine et Philip Cordery. Ces députés PS du Rhône et de la circonscription des Français du Benelux souhaitent une légalisation du suicide assisté et de l’euthanasie. «Ce texte met le patient au cœur du débat, et nous allons dans ce sens quand nous souhaitons lui offrir le choix d’une fin de vie médicalement assistée», explique Philip Cordery.

Parmi les signataires: Benoît Hamon, l'ex-ministre de l'Éducation Nationale, Carlos Da Silva, suppléant de Manuel Valls (auteur d’une proposition de loi sur l’euthanasie soumise à l’Assemblée nationale en 2009) à l’Assemblée, Sandrine Mazetier, vice-présidente de l'Assemblée Nationale, ou encore Catherine Lemorton, présidente de la Commission des Affaires Sociales.

Un «affront» au Président de la République

Dans l’entourage de Jean Leonetti cet amendement est perçu comme «un petit affront au Président de la République», qui a fait siennes les propositions du tandem Leonetti-Claeys. «Si leur texte est dénaturé, tous deux refuseront de continuer à en être les rapporteurs», assure un proche du député-maire UMP d’Antibes.

Philip Cordery se défend de tout «affront». «Que notre amendement soit accepté ou non, je voterai pour la proposition de loi qui comporte des avancées importantes, comme les directives anticipées qui garantissent la liberté de choix du patient», assure-t-il.

>> Lire aussi: Fin de vie: Que pourrait changer la nouvelle loi sur le choix des patients?

La légalisation de l’euthanasie active : «un point de rupture» pour la droite

A droite, le groupe Entente parlementaire pour la famille dénonce pour sa part un texte flou dont l’interprétation pourrait permettre une euthanasie «déguisée». «Nous avons déposé des amendements de fond pour préciser les intentions d’un texte ambigu», affirme Xavier Breton, député de l’Ain, «mais nous ne sommes pas dans une logique d’obstruction».

«La sédation profonde et continue pourra-t-elle être réversible, ou bien sera-t-elle systématiquement poursuivie jusqu’au décès du malade ? Quand aux termes de fin de vie «digne» et «utile» employés dans le texte de loi, ils sont très subjectifs.  A qui revient-il de les définir ?», s’interroge le député. Il dénonce un autre risque, celui de la fracture du dialogue entre les médecins et les patients. «Cette loi place l’avis du malade au-dessus de celui du corps médical, qui risque de se déresponsabiliser».

>> Lire aussi: Directive anticipée, sédation profonde... Le lexique de la fin de vie

A l’instar des auteurs du texte de loi, ce groupe mettre l’accent sur  les soins palliatifs. Le rapport du Comité Consultatif National d'Ethique sur la fin de vie, publié le 23 octobre 2014, souligne que seuls 20% des patients nécessitant des soins palliatifs y ont accès, et que ces soins sont proposés au cours des trois dernières semaines du malade.

«Pour nous, le point de rupture, c’est la légalisation de l’aide active à mourir», tranche-t-il. «Mais si la proposition n°2512 reste dans la logique de la loi de 2005, il n’y a pas de raison que nous la rejetions.»

Les associations dans la rue

Du côté des associations civiles, la proposition de loi Leonetti-Claeys ne convainc ni les pro, ni les anti-euthanasie, qui ont appelé à manifester mardi. En outre, cinq représentants des trois grandes religions monothéistes ont signé une tribune contre le texte de loi publiée lundi dans Le Monde.