«L’objectif de 170.000 jeunes en service civique par an est atteignable»

EXCLUSIF François Chérèque, Président de l'Agence du service civique, détaille à «20 Minutes» les défis à venir du dispositif...

Propos recueillis par Delphine Bancaud
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 Francois Chérèque, Paris,  le 05/11/2014.
Francois Chérèque, Paris, le 05/11/2014. — ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

Un défi de taille. «A la fin de mon mandat, 170.000 jeunes seront en service civique», a déclaré François Hollande mercredi dans une interview au Parisien. Alors qu’aura lieu ce lundi un colloque à l’occasion des 5 ans du service civique, François Chérèque, président de l’Agence du service civique, dévoile à 20 Minutes les nouveaux défis qui l’attendent.

Après les attentats de janvier, le service civique est apparu comme une solution pour transmettre les valeurs de la République, le pensez-vous aussi?

Oui, car les jeunes qui ont effectué un service civique ont une vision de la société plus positive que les autres et veulent s’engager pour changer les choses. Cette mission d’intérêt général les rend davantage citoyens. Mais le service civique ne peut pas être la solution miracle à tous les maux de la société et ne peut donc pas devenir obligatoire. Il doit demeurer un engagement individuel.

François Hollande veut rendre le dispositif universel à partir du 1er juin prochain, mais disposerez-vous des moyens suffisants pour y parvenir?

Pour faire en sorte que d’ici à 2017, 170.000 jeunes effectuent chaque année leur service civique, contre 35.000 en 2014, il faudra passer d’un budget annuel de 170 millions d'euros à 600. C’est un effort que la Nation devra faire d’ici à deux ans et elle s’y est engagée. Les moyens financiers commencent d’ailleurs à être débloqués par l’Etat. Il faudra ensuite organiser l’accueil de ces jeunes dans les structures et étaler la montée en charge du processus jusqu’à 2017.

Mais cet objectif est-il réaliste?

Oui, car chaque année, nous recevons 150.000 candidatures de jeunes qui veulent s’engager et nous ne pouvons pas toutes les honorer. Les associations sont aussi prêtes à accueillir davantage de jeunes. Mais jusqu’à présent, le manque de moyens ne permettait pas au dispositif de se développer. Donc oui, l’objectif de 170.000 jeunes en service civique par an est atteignable.

Vous souhaitez solliciter les entreprises, mais sont-elles prêtes à s’engager financièrement?

Oui, pour preuve, nous allons signer jeudi le premier contrat de mécénat avec CNP assurances qui va s’engager ainsi à financer une cinquantaine de services civiques afin de promouvoir des actions de santé auprès des jeunes. Nous avons déjà sollicité d’autres grandes entreprises qui vont suivre. Je n’ai pas de doute à ce sujet.

Seulement 17% des jeunes en service civique sont issus des quartiers. Comment parvenir à ce qu’ils soient plus nombreux?

Il est important de préserver une mixité sociale, donc le dispositif ne doit pas être réservé aux jeunes des quartiers. Mais l’objectif est d’arriver à 25% d’ici à 2017. Pour cela, nous allons travailler avec les associations de terrain, les collectivités territoriales, les établissements scolaires afin de le faire connaître auprès de ces jeunes.

Quelles nouvelles missions comptez-vous développer à l’avenir?

Actuellement, 84% des missions sont effectuées au sein des associations. Mais il existe un vivier dans les services publics, par exemple dans les hôpitaux et les préfectures, où des jeunes pourraient se consacrer à l’accueil et à l’orientation du public. Et dans les collèges, ils pourraient développer l’animation socioculturelle.

Quand sera-t-il possible de faire des missions à l’étranger?

C’est déjà le cas et quelque 300 jeunes par an profitent de cette possibilité. Mais cela pose des problèmes de moyens car il faut assurer le transport et l’hébergement des volontaires. Mais pourquoi pas demander aux communes qui ont des jumelages d’organiser des missions à l’étranger?

En développant le service civique, ne craignez-vous pas qu’il se substitue dans certains cas à des emplois?

Selon une étude du Credoc, 94% des Français ont une bonne image du service civique, il ne faut donc pas l’affaiblir par des craintes marginales. Car les cas où le service civique s’est substitué à l’emploi sont rares. Et plus on développera les grands programmes collectifs dans ce domaine, moins on aura de risque que cela arrive.