Les Français font tout un plat du jambon-beurre

GASTRONOMIE Talonné par le hamburger, ce sandwich, parfois appelé Parisien, est le plus consommé en France avec plus d’un milliard d’unités avalées en 2014 …

Vincent Vantighem

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Un sandwich jambon beurre
Un sandwich jambon beurre — Gerard Lacz / Rex Featu/REX/SIPA

«Dans le cochon, tout est bon!» Dans une demi-baguette généreusement tartinée, c’est encore meilleur! Avec 1,2 milliard d’unités grignotées en 2014, le jambon-beurre reste le sandwich préféré des Français, selon une étude du cabinet Gira Conseil, parue jeudi (lire l’encadré).

>> Les faits: Le jambon-beurre, sandwich préféré des Français

 

Talonné par le hamburger, ce monument de la gastronomie hexagonale n’a pourtant pas de souci à se faire sur son avenir. Pour s’en assurer, 20 Minutes a demandé à Patrick Rambourg, historien des pratiques alimentaires, Marie Etien, sociologue de l’alimentation et Alexandre Cammas, fondateur du guide Fooding, de se mettre à table sur le sujet. Avec ou sans cornichon…

Parce que ça rappelle la campagne

Le jambon beurre est un sandwich urbain. Parisien même si l’on s’en réfère au jambon nécessaire à sa composition. «Et pourtant, c’est une nourriture encanaillée, analyse Patrick Rambourg. Le pain frais, le beurre tendre et le jambon succulent, ça rappelle la campagne…» Au même titre que le camembert, par exemple. «Choisir ce sandwich dans la vitrine d’une boulangerie, c’est faire une pause dans une journée trépidante. C’est une manière de s’échapper quelques instants du bruit et de la pollution.» Surtout, ça rappelle des souvenirs d’enfance. Sarthois de naissance, Patrick Rambourg confie ainsi qu’il craque souvent pour un sandwich rillettes lui rappelant sa jeunesse.

Parce qu’on aime le pain

Quelle est la seule boutique où les Français vont quasi quotidiennement? La boulangerie, bien sûr. Le jambon beurre se différencie d’abord du hamburger ou du kebab par la qualité de son pain. «C’est un élément emblématique de la France, analyse Marie Etien, doctorante en sociologie de l’alimentation dans un centre d’étude de Toulouse (Haute-Garonne). Mac Donald's l’a bien compris en proposant depuis quelque temps le Mac Baguette. Mais le résultat est incomparable.

>> A lire: La rédaction de «20 Minutes» a testé le Mac Baguette

Parce que ce n’est pas cher

Fondateur du guide Fooding, Alexandre Cammas n’est pas fan du jambon-beurre. L’explication de son succès tient, pour lui, en deux mots: son prix. «La plupart des sandwichs achetés sur le pouce ne sont pas bons. Quitte à avoir quelque chose de mauvais, autant prendre le moins cher.» Selon l’étude Gira Conseil, le jambon-beurre n’a augmenté que de 1,05% en 2014. Le prix moyen s’établit à 2,74 euros. Bien loin des 10,54 euros nécessaires pour s’offrir une pizza reine. Surtout, selon Alexandre Cammas, «un bon cornichon peut sauver un mauvais jambon-beurre». Ça n’est pas le cas d’une pizza.

Parce que c’est un acte politique

Les Anglais ont la sauce à la menthe. Les Indiens, le curry. Et les Américains, les burgers. «Manger un jambon-beurre est un acte politique, poursuit Marie Etien. Cela fait partie de ce qu’on appelle le "processus d’incorporation". En clair, je deviens ce que je mange. Ce sandwich est un bastion de la résistance française à la globalisation en marche. La nourriture nous différencie et renforce notre culture.»

Le marché du sandwich grossit encore

En 2014, le marché du sandwich en France est en croissance de 2,33% par rapport à 2013 soit 2,19 milliards d'unités consommées pour un chiffre d'affaires de 7,44 milliards d'euros. Le jambon-beurre y représente 58% des sandwichs consommés avec plus de 1,28 milliard d'unités consommées.