Journée des droits des femmes: Les quatre contre-vérités sur la parité

EGALITE «20 Minutes» revient sur les clichés les plus fréquents sur la parité...

Delphine Bancaud

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Illustration sur la parité.
Illustration sur la parité. — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

Bien qu'elle soit appliquée depuis quinze ans, la loi sur la parité fait encore du surplace dans beaucoup de domaines. A l’occasion de la Journée des droits des femmes, qui aura lieu ce dimanche, 20 Minutes revient sur les idées reçues les plus fréquentes sur la parité véhiculées par ceux qui ne veulent pas vraiment qu’elle devienne une réalité.

1. «La parité va à l’encontre de la méritocratie»

C’est un argument majeur des détracteurs de la parité, qui sous-entendent par là que les femmes ne sont pas forcément compétentes lorsqu’elles accèdent à des postes dans les instances décisionnelles en raison de l’instauration de quotas favorisant de la mixité. C’est notamment le cas en politique, où plusieurs lois ont engendré des contraintes légales pour assurer la représentation des femmes. «Mais les actions positives en faveur des femmes ne vont pas à l’encontre de la méritocratie. Elles permettent juste de se donner les moyens d’arriver à l’égalité des chances, puisque les femmes subissent des discriminations structurelles expliquant leur sous-représentation dans les instances décisionnelles», explique Réjane Sénac, chercheure CNRS au Cevipof et présidente de la Commission parité du Haut Conseil à l’égalité.

2. «La parité c’est de la discrimination envers les hommes»

«C’est tout le contraire, car elle ne vise pas au renversement de la domination d’un sexe part un autre, mais à rétablir l’équilibre entre les hommes et les femmes dans les instances décisionnelles. On est sur du 50/50», insiste Réjane Sénac. De fait, dans les conseils d’administration des entreprises, on vise un quota de femmes de 40% d’ici à 2017. Même logique aux élections régionales, où les listes seront paritaires.

3. «Ce sont les femmes qui n’ont pas envie d’accéder au pouvoir»

«On rejette la responsabilité de la non-mixité des élites sur celles qui la subissent, c’est le degré zéro de l’analyse politique», estime Réjane Sénac. Si certaines femmes s’autocensurent dans leurs ambitions, beaucoup d’entre elles saisissent la balle au bond lorsqu’elles ont accès au pouvoir. Pour preuve: après la loi du 6 juin 2000 instaurant la parité des listes électorales des municipales pour les communes de 3.500 habitants et plus, les partis craignaient de ne pas trouver suffisamment de candidates. «Au final, les partis politiques ont été jusqu'à mettre en concurrence les militantes politiques avec les militantes associatives ou des femmes qu'ils jugeaient représentatives de certains quartiers ou communautés», constate Réjane Sénac.

4. «Il faut laisser le temps faire son œuvre»

Certains croient à l’évolution des mentalités, qui fera bouger les lignes dans l’élite de la société. Pourtant plusieurs exemples viennent démontrer que le temps n’a rien arrangé. «En 1945, 5,6% des députés étaient des femmes et en 1993 elles n’étaient que 5,9%. Ce qui a fait bouger les choses c’est la mise en place de contraintes légales à partir de 1999. Même si les choses avancent encore doucement car en 2012, la France ne comptait encore que 26,9% de députées. Cela prouve bien qu’il n’y a pas de pente naturelle vers la parité», souligne Réjane Sénac. Même constat dans la magistrature: alors que la proportion de femmes a augmenté de 230% en 30 ans et que 80% des diplômées de l’école nationale de la magistrature sont des femmes, seulement 22% d’entre elles accèdent aux plus hautes fonctions du parquet.