«En France, 80 % des femmes handicapées sont victimes de violences»

INTERVIEW La présidente de l’association «Femmes pour le Dire, Femmes pour Agir» explique l'ampleur du phénomène à l'occasion de l'ouverture d'un nouveau numéro d'appel ...

Propos recueillis par Delphine Bancaud

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Illustration de violences conjugales
Illustration de violences conjugales — CLOSON DENIS/ISOPIX/SIPA

Un premier pas pour prendre en compte la souffrance des femmes handicapées. Vendredi l’association «Femmes pour le Dire, Femmes pour Agir» (FDFA) lance le premier numéro d’appel* en France dédié à l’écoute des femmes en situation de handicap victimes de violences. Maudy Piot, psychanalyste et présidente de l’association, explique à 20 minutes pourquoi il est urgent d’agir.

Les femmes handicapées sont-elles souvent la cible de violences?

Oui et le phénomène est massif en France, car 80% d’entre elles sont victimes de violences selon le Conseil français des personnes handicapées pour les questions européennes, contre 36% des femmes valides. Mais il est encore tabou, car les pouvoirs publics s’y intéressent peu.

Comment expliquer l’ampleur du phénomène?

Le handicap est une vulnérabilité, car la différence n’est pas appréhendée positivement et entraîne parfois de l’agressivité. Certains hommes prennent aussi du plaisir dans la domination perverse de leur conjointe. Celle-ci n’est plus considérée comme une personne, mais devient leur objet sexuel.

Quelles formes prennent ces violences?

Il peut s’agit de viols, d’agressions sexuelles, de maltraitances ou de brimades psychologiques. On va répéter par exemple, à la femme handicapée qu’elle n’est bonne à rien, qu’elle est moche… Certaines sont privées de repas en institution car elles se sont «oubliées» dans leur fauteuil roulant. D’autres se font voler leur pension par des proches. Certaines sont violées, tabassées ou subissent des attouchements sexuels régulièrement… Des abus qui commencent généralement tôt dans l’enfance.

Qui sont les agresseurs de ces femmes?

La plupart du temps, il s’agit du conjoint, du père, du frère de la victime. Mais certains employés des institutions spécialisées s’adonnent aussi à ce type d’agissements, car ils savent qu’ils ont peu de risques d’être dénoncés par les victimes. Certains agresseurs sont aussi les patrons ou les supérieurs hiérarchiques de ces femmes, car là aussi ils bénéficient d’une certaine impunité. Une femme handicapée qui a eu du mal à trouver un emploi, hésitera à dénoncer son supérieur, par peur d’être licenciée.

Ces femmes arrivent-elles à se défendre?

Non, tout d’abord parce qu’elles culpabilisent. Celles qui sont régulièrement injuriées ou battues par un proche pensent souvent que cette violence est due au fait que leur handicap est insupportable pour leur entourage. Elles ont aussi beaucoup de mal à porter plainte car elles ont peur des conséquences. Par ailleurs, trop peu de policiers sont formés à la prise en charge de ce public spécifique. Et il n’existe pas de lieux d’accueil pour les femmes handicapées maltraitées qui souhaitent quitter un conjoint violent. D’où l’urgence à agir.

Quel sera le rôle du numéro d’écoute* que vous lancez vendredi?

A partir du 9 mars, les femmes pourront nous appeler pour nous confier leurs problèmes. Nous les orienterons le cas échéant vers des structures pouvant les aider. Nous leur proposerons aussi de participer à un atelier en emploi, car c’est en travaillant qu’elles pourront devenir autonomes et s’affranchir éventuellement de leur conjoint maltraitant.

*01 40 47 06 06. A partir du 9 mars, tous les lundis de 14h à 17h30 et tous les jeudis de 10h à 13h, 10 écoutantes répondront aux appels