Cinq conseils pour réussir en politique lorsqu’on est une femme

PARITÉ A l’occasion de la Journée de la femme qui a lieu ce dimanche, Sandrine Rousseau, porte-parole nationale d’Europe Ecologie-Les Verts publie ce jeudi le «Manuel de survie à destination des femmes en politique», qui mêle humour et conseils...

Delphine Bancaud

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Cécile Duflot à l'Assemblée nationale le 17 juillet 2012 avait suscité des sifflets en portant une robe à fleurs.
Cécile Duflot à l'Assemblée nationale le 17 juillet 2012 avait suscité des sifflets en portant une robe à fleurs. — WITT/SIPA

Après 15 ans de lois en faveur de la parité en politique, le chemin des femmes qui s’engagent dans cette voie est toujours semé d’embûches. Blagues salaces, procès en incompétence, subterfuges pour contourner les quotas… Les résistances à la parité sont parfois fortes. A quelques jours de la Journée de la femme, dimanche, Sandrine Rousseau, porte-parole nationale d’Europe Ecologie-Les Verts publie ce jeudi le Manuel de survie à destination des femmes en politique*, qui mêle humour et conseils. 20 Minutes en a retenu cinq, qui n'ont rien de futiles.

1) Assumer sa voix

On reprochait à Edith Cresson d’avoir une voix de crécelle, à Cécile Duflot de parler trop fort et à la députée EELV Véronique Massonneau de caqueter (d’où les bruits de poule quand elle prenait la parole à l’Assemblée). La voix et l’élocution des femmes politiques agacent, ce que Sandrine Rousseau explique par «leur faible accès aux médias et à , leurs prises de parole moins nombreuses», qui «retardent la progression de la sensibilité auditive du public», ironise-t-elle. Seule solution donc: multiplier les interventions pour habituer l'oreille des Français à la voix des femmes politiques! «Faites entendre votre voix, au sens propre comme au sens figuré. N’intériorisez pas les critiques, ne les devancez pas, ne vous excusez pas de parler trop vite ou trop fort», suggère l’auteure.

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2) Ne pas céder au diktat de l’apparence

«La tenue des femmes politiques a toujours suscité débats et dissensus», note Sandrine Rousseau. Car elle est un outil pour les déstabiliser. On se souvient par exemple de la robe à fleurs de Cécile Duflot qui avait été accueillie par des sifflets goguenards à l’Assemblée en 2012, les quolibets sur les tailleurs aux couleurs vives de Roselyne Bachelot… Seule arme contre cela, selon la porte-parole d’EELV: «se déprendre du regard et du jugement des autres» et choisir son style. Car une femme sera, de toute façon, toujours trop sexy ou trop masculine…

3) Imposer son nom

On n’oublie jamais de citer le nom d’un homme politique, mais bien souvent ses collègues femmes sont désignées par leur prénom. «Même le président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, quand il intervient à la radio à une heure de grande écoute, parle de Bernard Cazeneuve et de Najat», souligne Sandrine Rousseau. Un détail qui a son importance car ces femmes sont reléguées «au statut de la copine, de la nana sympa et non de la représentante élue au suffrage universel», insiste-t-elle. D’où son conseil aux femmes politiques de reprendre systématiquement les personnes qui n’évoquent pas leur nom complet ou de décliner à nouveau leur identité, histoire de bien insister.

4) Maîtriser ses émotions

Difficile de contenir ses larmes ou ses nerfs après un flot d’attaques à l’Assemblée, des réflexions machistes, des coups de sang en réunion. Mais, comme le souligne Sandrine Rousseau, «une femme politique qui pleure se met en difficulté. Elle sera perçue comme faible ou calculatrice». Il faut donc veiller à ne pas trop extérioriser ses émotions, à ne pas céder à la violence verbale et à répondre aux agressions «par la force tranquille». Plus facile à dire qu’à faire…

5) S’imposer dans les médias

Selon Sandrine Rousseau, moins d’une dizaine de femmes politiques apparaissent régulièrement dans médias et toutes sont plus souvent interrogées sur leur vie de famille que leurs homologues masculins. Pour lutter contre cet état fait, elle leur suggère de ne pas décliner les invitations médiatiques par peur de ne pas être suffisamment pertinente et de s’inscrire à des séances de média-training pour apprendre à «marquer les esprits». «Vous avez envie de pousser un coup de gueule? Faites-le! D’abord parce que ça fait du bien, ensuite parce que ça vous permettra sans doute de revenir la semaine d’après», ironise-t-elle. Car l’art du buzz, ça s’apprend aussi.

*Manuel de survie à destination des femmes en politique, de Sandrine Rousseau, Les petits matins, 9,90 €