Une fausse entreprise où les demandeurs d'emploi travaillent pour de vrai

REPORTAGE Alors que le taux de chômage a atteint la barre des 10% en métropole, «20 Minutes» s'est rendu dans l'entreprise d’entrainement pédagogique Biodélices où les demandeurs d'emploi se mettent dans la peau de vrais salariés pour accomplir des taches virtuelles…

Delphine Bancaud

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Des stagiaires de l'entreprise d'entrainement pédagogique Bio Délices à Charenton-le-Pont — D.Bancaud

Ce matin, Mélissa s’active derrière son bureau. Elle s’attelle au classement des dossiers des clients de son entreprise. Rien de plus classique pour une assistante, sauf que Mélissa n’est pas salariée et que l’entreprise pour laquelle elle travaille, Bio Délices est fictive, tout comme les  produits d’épicerie fine qu'elle commercialise. La jeune femme, en recherche d’emploi depuis quatre ans, est en formation dans une entreprise d’entraînement pédagogique (EEP), qui permet aux demandeurs d’emploi de s’immerger dans le monde du travail afin de retrouver des réflexes professionnels. «L’entreprise est fictive, mais les tâches sont bien réelles», souligne Sandrine Tigori, à la fois formatrice et directrice de l’EEP de Charenton-le-Pont (Val-de-Marne).

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La preuve avec Melina, 22 ans, qui vient de recevoir un mail d’un fournisseur. «Tous les clients et les fournisseurs sont des stagiaires des 109 autres EEP de France, ce qui permet un grand jeu de rôle», précise Sandrine Tigori. «Mon interlocuteur me demande de remplir un questionnaire commercial», explique Mélina. Pour cette ancienne vendeuse en reconversion, cette mise en situation lui permet d’apprendre les bases du secrétariat. «Grace à ces exercices, je me suis formée au classement, à la facturation, à la bureautique, aux logiciels de gestion commerciale… Et avec cette immersion dans l’entreprise, j’ai acquis une expérience que je pourrais valoriser lorsque je chercherais un emploi. J’ai aussi beaucoup gagné confiance en moi», explique-t-elle.

Apprendre en faisant

Si l’entreprise est un lieu d’entraînement, impossible pour autant de jouer les dilettantes. Les stagiaires doivent se mettre dans la peau de vrais salariés. «Ils doivent respecter des horaires de bureau et un certain savoir être en entreprise», insiste Sandrine Tigori. Pas question donc d’arriver en retard, de rechigner à la tâche ou de ne pas respecter les délais fixés par un client… Sauf qu'ici, on a le droit de se tromper. Les stagiaires bénéficient de la bienveillance de Sandrine qui n’hésite pas à les corriger. Là voila justement penchée sur l’ordinateur de Gyna qui est en train de rédiger un courrier accompagnant le règlement d’une facture.

«J’indique quoi comme formule de politesse ?», demande-t-elle à sa formatrice, qui lui dispense des conseils, tant que le fond que sur la forme. Gyna remplit ensuite un chèque en fac-similé ainsi que son bordereau. «Cette mise en situation me remet directement dans le bain de l’entreprise», en recherche d'emploi depuis un an. En parallèle à cette formation sur son poste de travail, des enseignements théoriques sont aussi dispensés aux stagiaires. De quoi leur permettre d'être vraiment opérationnels lorsqu'ils seront acceuillis en stage dans une vraie entreprise, cette fois-ci. 

Des bons résultats

Pour chaque stagiaire, l’entreprise fictive est aussi l’occasion de travailler en équipe, comme ils le feront lorsqu’ils seront en poste. et plus les stagiaires gagnent en confiance et en compétences, plus ils obtiennent de responsabilités. «Certains élaborent des catalogues de promotions ou organisent un événement de communication», décrit Sandrine Tigori. Une méthode qui fonctionne car sept demandeurs d’emploi sur dix passés par une EEP valident leur parcours de formation et retrouvent en emploi. «L’entreprise d’entraînement, ça aide vraiment à se réinsérer», résume Mélissa.