Une partie de la collection de livres d'une femme indienne de la ville de Kolkata
Une partie de la collection de livres d'une femme indienne de la ville de Kolkata — DESHAKALYAN CHOWDHURY / AFP

Justice

La syllogomanie: Quand accumuler des objets devient une vraie pathologie

Un ancien facteur est jugé aujourd'hui pour avoir dérobé plus de 14 000 courriers. Son avocate invoque un trouble obesssionnel du comportement...

Au lieu de distribuer le courrier, il l'accumulait dans son grenier. Ce mardi 3 mars, le tribunal correctionnel de Thionville, en Moselle, doit rendre son jugement concernant un ancien facteur de Fameck, accusé d'avoir dérobé près de 14 000 courriers pendant 10 ans, lorsqu'il était en activité. Alors que le parquet a demandé six mois avec sursis et une amende, son avocate plaide la « syllogomanie ». Ce trouble obsessionnel du comportement (TOC) consiste à accumuler des objets chez soi sans arriver à les jeter. Une pathologie qui toucherait un nombre non négligeable de personnes, à différents degrés. Explications.

Une propension à faire des réserves qui s'emballe

Qu'est-ce que la syllogomanie ? Les thérapeuthes comportementalistes classent ce trouble psychique parmi les TOC. « Comme beaucoup d'autres troubles, il s'agit d'un comportement humain fondamental qui se dérègle », explique le docteur en psychologie Jacques Van Rillaer, dans un article paru dans Le Figaro en mars 2013. «L'homme a une propension naturelle à faire des réserves, à garder ce qui pourrait être utile. Chez certains, cette conduite dérape et s'emballe, à cause de facteurs externes (ils ont appris à ne jamais «gaspiller» , achètent quantité d'objets soldés, ils ont de la place, etc) et de facteurs internes (attachement excessif  à des objets et à des souvenirs, peur de ne pouvoir retrouver des informations,etc).

Perte de liberté

Le psychiatre Franck Lamagnère (1), interrogé par 20 minutes, distingue différents types de «toc d'entassement» : la peur de jeter (l'idée que « ça peut toujours servir »), la peur de perdre une information importantes, ou encore des comportements «bizarroïdes» que la personne est incapable d'expliquer, «comme ceux qui ramassent des ordures dans la rue». Pour lui, deux critères permettent de différencier le toc d'un comportement excessif : l'intensité, et la perte de liberté que cela entraîne. Exemple: «C'est normal d'être propre, ce n'est pas normal de passer quatre heures sous la douche.»

Coach en rangement

Anouk Le Guillou, qui a créé sa société de « conseil et assistance en rangement », Place Nette, à Paris, a accompagné quelques personnes souffrant de syllogomanie. C'est souvent l'entourage qui fait appel à elle. Mais la plupart des personnes à qui elle vient en aide sont juste dépassées par l'accumulation d'objets, qui débordent des placards où s'entassent dans les recoins de leur maison, rendant leur quotidien étouffant. « Les personnes atteintes de syllogamie n'accumulent pas le même genre d'objets chez elles, souligne-t-elle. Ce n'est pas la même chose de laisser des affaires s'empiler en tas depuis des lustres, ou de ramasser des objets trouvés dans la rue, en mauvais état ou hors d'usage. » Quand elle identifie de tels comportements, elle oriente les personnes vers un psychiatre.

Trier, ranger, jeter

Quand l'entassement d'objets n'est pas synonyme de pathologie, mais de laisser-aller, souvent dû à un épisode dépressif, une seule solution : trier, ranger, jeter. Pour identifier les objets inutiles, le regard d'une personne extérieur, qui ne va pas juger, est précieux, constate Annick Le Guillou. «Le fait de ne pas connaître la personne me permet de pointer de manière objective les choses cassées ou obsolètes, les papiers où les médicaments dépassés, les vêtements trop vieux où qui ne sont plus à la bonne taille» explique la coach en rangement. Et après une bonne séance de rangement, quand l'espace est dégagé, «les personnes se sentent soulagées de vivre dans un environnement serein.»

(1) Le Dr Franck Lamagnère, spécialiste des TOC, est l'auteur de « Je n'ai plus peur du jugement des autres », Odile Jacob, 2014