Lutte contre la précarité: «On assiste à une massification de la pauvreté»

PRECARITE Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre, fait le bilan du plan pluriannuel contre la pauvreté et pour l'inclusion sociale lancé en 2012, avant les annonces de Manuel Valls ce mardi...

Propos recueillis par Delphine Bancaud

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illustration SDF et leur chien
illustration SDF et leur chien — Alexandre GELEBART/20MINUTES

Donner un second souffle au plan pluriannuel contre la pauvreté et pour l'inclusion sociale lancé en 2012. Manuel Valls présentera ce mardi sa nouvelle feuille de route pour lutter contre la précarité. L’occasion pour le délégué général de la Fondation Abbé Pierre, Christophe Robert, d’interpeller le gouvernement.

Deux ans après le lancement du plan pluriannuel contre la pauvreté, le gouvernement a-t-il tenu ses promesses?

Ce plan est un vrai chantier qui donne de la visibilité dans le temps à la lutte contre la pauvreté, ce qui est essentiel pour assurer une action durable dans ce domaine. Mais il faut accroire cette dynamique pour ne pas laisser des personnes s’enfoncer dans la pauvreté et pour faire en sortir d’autres de la précarité. Car depuis 2008, la situation s’est aggravée. On assiste à une massification de la pauvreté. La France compte 3,5 millions de chômeurs, 3,5 millions de mal logés et 8,5 millions de ménages pauvres.

Mais certains minima sociaux ont été revalorisés comme prévu…

Oui, le RSA sera augmenté de 10% en 5 ans comme le prévoyait le plan, mais cette revalorisation est bien faible et l’écart entre le RSA et le SMIC s’est beaucoup accentué ces dernières années. Pour aider les plus démunis, il aurait fallu l’augmenter de 15 à 25% en 5 ans. Il faut aussi s’attaquer rapidement à la fusion du RSA activité (complément aux petits salaires) et de la PPE (prime pour l’emploi) afin de venir en aide aux travailleurs pauvres.

Pourquoi estimez-vous que ce plan a échoué concernant le volet logement?

Le gouvernement avait promis de mettre fin à la gestion hivernale de l’hébergement d’urgence. Mais on en est loin du compte et les milliers de personnes précaires se retrouvent à la rue au printemps. Par ailleurs, le plan prévoyait 150.000 créations de logements sociaux par an, et on arrive péniblement à 115.000 en 2014. On est donc loin du compte. Enfin, le gouvernement avait promis la GUL (Garantie Universelle des loyers), qui a bien vu le jour, mais dont la portée a été considérablement réduite. Elle n’est pas universelle, puisqu’elle ne bénéficie pas aux personnes sans emploi.

Quelles mesures faudrait-il prendre en urgence selon vous?

Il faut tout d’abord mettre en place une vraie politique de prévention des expulsions, pour éviter que les 130.000 ménages par an dont le bail a été résilié ne basculent dans l’exclusion.. Car en intervenant dès les premiers impayés de loyers, on peut trouver des solutions. Il faut aussi pérenniser les engagements financiers en faveur de la construction de logements sociaux et activer les solutions d’hébergement à vocation sociale dans le parc privé.

Le gouvernement souhaitait aussi combattre le non-recours aux aides sociales, y est-il parvenu?

Pas encore, car on constate toujours la grande complexité des dispositifs sociaux et le manque d’information des plus précaires sur leurs droits à ces aides. La création du dossier unique doit être une priorité sachant que la réforme de la prime d’activité doit également faire l’objet d’une simplification (aujourd’hui près de 70% des bénéficiaires potentiels du RSA activité n’en bénéficient pas).

Selon François Chérèque, chargé du suivi de ce plan, l’accent devrait être davantage mis sur l’aide aux familles monoparentales, le croyez-vous?

Oui, car elles sont surreprésentées dans les populations surendettées, mal logées…Il faut réfléchir à l’instauration d’aides publiques qui leur soient dédiées, allonger les horaires de crèches pour permettre aux parents isolés de travailler, développer des structures d’hébergement d’urgence qui puissent accueillir ces familles…

Pensez-vous que le gouvernement ait les moyens de ses ambitions dans ce domaine?

Soit on fait des politiques à la petite semaine dans ce domaine, au risque de voir la pauvreté encore croître. Soit on décide d’y mettre les moyens. Et cela peut d’ailleurs permettre à l’État de faire des économies substantielles car investir dans le logement, c’est aussi éviter de payer des nuitées d’hébergement à l’hôtel qui sont très chères. Promouvoir l’accès à la santé pour tous, c’est se prémunir contre des dépenses ultérieures liées à la survenue de maladies non détectées. Le jeu en vaut donc la chandelle.