Islam: Les trois raisons qui poussent le gouvernement à réformer le CFCM

RELIGION L'exécutif veut créer une nouvelle instance de dialogue «d'ici à l'été»...

N.L. avec AFP
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Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve (à g.), le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian (à dr.) et le président du Conseil français du culte musulman (CFCM) Dalil Boubakeur, le 16 janvier 2015.
Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve (à g.), le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian (à dr.) et le président du Conseil français du culte musulman (CFCM) Dalil Boubakeur, le 16 janvier 2015. — Joël Saget POOL

Après l'émotion suscitée par les attentats de janvier, de nouvelles pistes ont été dévoilées, ce mercredi, pour améliorer le dialogue avec l'Islam de France, qui souffre d'un problème de représentativité. Dans la ligne de mire du gouvernement: le Conseil français du culte musulman (CFCM), créé en 2003 pour établir ce lien entre l’Etat et la deuxième religion du pays. 20 Minutes revient sur les trois raisons qui motivent sa réorganisation.

1. Une représentativité contestée

Miné par des querelles internes, le Conseil français du culte musulman souffre aujourd’hui d’un manque de représentativité au sein de sa communauté. Début février, François Hollande avait ainsi estimé que le CFCM n'avait «pas la capacité suffisante de faire prévaloir un certain nombre de règles, de principes, partout sur le territoire» de ce fait. «Le CFCM est vu comme un organisme imposé d’en haut, résume Olivier Roy, professeur à l’Institut universitaire européen de Florence et auteur d'En quête de l’orient perdu (Ed. Seuil). Et reste dirigé par les puissances étrangères. En gros, les instances représentatives ont été divisées entre le CFCM aux Marocains, la Grande mosquée de Paris aux Algériens et une partie des imams pour la Turquie. Le musulman français de base ne s’y reconnaît pas.» D’où l’idée du gouvernement de créer une nouvelle instance de dialogue «d’ici à l’été».

>> Lire ici : Le nouveau plan du gouvernement pour l’Islam de France

2. Une formation qui laisse à désirer

Dans la liste de ses attributions, le CFCM a pour mission de former les imams de France. Récemment, le président de la Grande mosquée de Strasbourg, Ali El Jarroudi, a demandé la création d’un centre de formation des cadres religieux avec pour objectif de «transmettre les valeurs de la République et les valeurs de l’islam». Or, cette question du contrôle de la formation est très sensible. Rachid Benzine, islamologue et enseignant à l’IEP d’Aix, expliquait la semaine dernière à 20 Minutes qu’un tiers seulement des imams qui officient en France sont salariés, et une bonne partie par des pays étrangers. Par ailleurs, des imams venus de Turquie, du Maroc, qui ne parlent pas français viennent en renfort tant la pénurie est forte en France. Le problème se fait aussi ressentir dans les prisons où il s'agit de mieux prévenir le basculement djihadiste, ce que quelque 180 aumôniers pénitentiaires musulmans - un chiffre largement insuffisant aux yeux de nombreux experts - ne peuvent faire seuls. Le ministre de l’Intérieur a annoncé le développement de «diplômes universitaires accessibles aux imams». Six sont déjà en vigueur, «la volonté est de porter leur nombre à douze».

3. La question des financements

L’encadrement des imams et des aumôniers, mais aussi de la construction et de l’entretien des moquées, soulèvent une autre problématique cruciale: celle de l'argent. Or, l’Etat français ne finance pas les lieux de culte du fait de la loi de 1905 sur la laïcité. «En Allemagne, l’Etat a financé des universités de théologie musulmane, qui forment des imams. En France, seulement 25 à 30% des imams sont français», notait Bernard Godard, ancien chargé de la relation avec le culte musulman Place Beauvau. En 2012, Manuel Valls, alors ministre de l’Intérieur, avait souhaité relancer la Fondation des œuvres de l’islam dont le fonctionnement était alors paralysé. Ce mercredi, Bernard Cazeneuve a renouvelé cette volonté afin de «développer des initiatives en liaison avec l'Institut du monde arabe».