Le sénateur Aymeri de Montesquiou dans la tourmente du «Kazakhgate»

ENQUETE La justice enquête sur une vente d’hélicoptères au Kazahstan, de rétrocommissions et de trafic d’influence présumés…

Anne-Laëtitia Béraud

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Les parlementaires Aymeri de Montesquiou et Thierry Mariani et Anne-Marie Idrac, alors secrétaire d'Etat au Commerce, à Astana, au Kazakhstan, le 19 mai 2008.
Les parlementaires Aymeri de Montesquiou et Thierry Mariani et Anne-Marie Idrac, alors secrétaire d'Etat au Commerce, à Astana, au Kazakhstan, le 19 mai 2008. — WITT/SIPA

Le sénateur UDI Aymeri de Montesquiou, ancien représentant de Nicolas Sarkozy en Asie centrale, peut retenir son souffle. Des juges enquêtant sur des commissions présumées en marge de contrats conclus avec le Kazakhstan ont demandé la levée de son immunité parlementaire, annonce ce mercredi Le Canard enchaîné.

Selon l'hebdomadaire, les juges financiers Roger Le Loire et René Grouman souhaitent entendre l'élu centriste du Gers sur deux dossiers liés. Le premier concerne un contrat de vente d’hélicoptères Eurocopter au Kazakhstan, en 2009, et le versement présumé de rétrocommissions. Le deuxième dossier vise un trafic d’influence présumé franco-belge pour obtenir ce contrat évalué à deux milliards d’euros.

«Demandes d'espèces» du sénateur

Dans le premier dossier, la justice enquête sur des versements suspects à Aymeri de Montesquiou. La justice a retrouvé un virement d’un compte suisse de 199.000 euros. Une avocate mise en examen dans cette affaire a précisé à la justice qu’Aymeri de Montesquiou aurait formulé, au cours de réunions avec les Kazakhs à son domicile et dans un grand hôtel de Monaco, des «demandes d’espèces». Les versements pourraient provenir d'un homme d'affaires kazakh proche du président Noursoultan Nazarbaïev.

Dans le deuxième dossier, la justice enquête pour savoir si l'ancienne équipe française au pouvoir a pu faire pression sur des parlementaires belges à la demande du président kazakh Nazarbaïev. En effet, trois puissants hommes d'affaires kazakhs installés en Belgique ont bénéficié d’une loi abandonnant des poursuites pénales les visant.

Virement d'un compte suisse

Cette vaste enquête surnommée «Kazakhgate» a débuté 2012 avec un signalement de la cellule anti-blanchiment Tracfin. Ce signalement portant sur un virement sur un compte appartenant à Jean-François Etienne des Rosaies, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy à l’Elysée. L’homme a reçu 1,5 million d’euros en quatorze mois, en versements en espèce et virements des îles Vierges britanniques, de la Belgique et de la Suisse.

Et depuis mars 2013, la justice enquête sur des faits présumés de «blanchiment en bande organisée», et de «corruption active d'agents publics étrangers». Le bureau d’Aymeri de Montesquiou à la mairie de Marsan (Gers), son château gersois et son domicile parisien ont été perquisitionnés en octobre 2014 dans le cadre de cette enquête.