Le CFCM boycotte le Crif: Pourquoi le dialogue interreligieux est au point mort

SOCIETE La polémique entre les institutions juive et musulmane est montée d'un cran, ce mardi...

Nolwenn Leboyer avec AFP

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Le président François Hollande accueilli par les président et vice-président du Crif Roger Cukierman et Francis Kalifat au 30e dîner annuel le 23 février 2015 à Paris
Le président François Hollande accueilli par les président et vice-président du Crif Roger Cukierman et Francis Kalifat au 30e dîner annuel le 23 février 2015 à Paris — Etienne Laurent Pool

«Il faut dire les choses: toutes les violences aujourd'hui sont commises par des jeunes musulmans. Bien sûr, c'est une toute petite minorité de la communauté musulmane et les musulmans en sont les premières victimes.» Ces propos, tenus par Roger Cukierman, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), ont provoqué une vaste polémique, lundi. Pour marquer son désaccord, le Conseil français du culte musulman a boycotté, pour la première fois, le 30e dîner annuel du Crif. 20 Minutes fait le point sur l'état du dialogue entre les institutions juives et musulmanes en France.

«Un manque de prudence»

Très vite, lundi, les propos tranchés du président du Crif, ont provoqué d'intenses réactions. «Ces propos sont très limites, juge Jean-Louis Schlegel, sociologue des religions interrogé par 20 Minutes. Roger Cukierman a clairement manqué de prudence.» Et même si, ensuite, lors du dîner du Crif, Roger Cukierman s'est amendé et a dit espérer que le «contact sera rapidement rétabli» avec les représentants musulmans, le compte n'y est pas, du côté du CFCM. Le président d'honneur, Mohamed Moussaoui, a dit attendre «un geste des des propos apaisants (venant de Roger Cukierman) pour établir un dialogue sur des bases saines», et l'Observatoire national contre l'islamophobie demande même des «excuses publiques» à Roger Cukierman.

Continuer le dialogue interreligieux

Si bien que la tension, au lieu de redescendre, est montée d'un cran ce mardi. Or, pour Jean-Louis Schlegel, les dirigeants des communautés religieuses ont un rôle de premier plan à tenir: celui de jouer la pacification au cœur du discours interreligieux. Pour l’analyste, la solidarité entre groupes religieux ne doit pas être qu’une simple façade. «Il est dans l’intérêt de tous de continuer à entretenir ce dialogue.»

Pour mettre fin à ce dialogue de sourd, François Hollande a pris l'initiative d'inviter Dalil Boubakeur, le président du CFCM et Roger Cukierman, le président du Crif, ensemble à l'Elysée, ce mardi après-midi.

L'Elysée tape du poing sur la table

Alors, simple dérapage de Roger Cukierman ou provocation volontaire? «On peut soupçonner Roger Cukierman de se faire l’écho de sa base. Peut-être que certains groupes de la communauté juive sont fatigués des violences antisémites et demandent à leur dirigeant d’être plus ferme», détaille le sociologue.

Par exemple, mardi, interrogé sur I-Télé, le président du Consistoire israélite de France, Joël Mergui, a apporté son soutien total à Roger Cukierman: «On est dans un moment de vérité en France, on ne peut pas dire, faire comme si l'islamisme radical n'existe pas». «C'est une question de transparence de dire que quand des actes sont commis en disant «Allah Akbar» ils sont commis au nom de l'islam», a-t-il ajouté, en référence notamment aux attentats commis début janvier à Paris.

Un problème de représentativité au cœur des communautés

Au-delà de la polémique, cette affaire prouve, une nouvelle fois, qu’il existe un réel problème de représentativité au sein des communautés religieuses, selon Jean-Louis Schlegel. «Le terme communauté n’a pas de sens, analyse-t-il. A l’intérieur des groupes, il existe des divisions et des différenciations, ce sont finalement de vastes ensembles.»

Pour le sociologue, les religions sont trop souvent perçues comme des partis politiques où les dirigeants représenteraient les intérêts de leurs «fidèles». «La réalité sociologique est tout autre. Selon moi, les dirigeants élus à la tête des conseils représentatifs ne maîtrisent pas toujours la base de leur communauté.»