Protoxyde d'azote: «J'en ai pris pendant près de deux ans, jusqu'à ce que je me jette sur un train»

VOUS TÉMOIGNEZ Fred, 17 ans, internaute de «20 Minutes», a été un adepte du gaz psychotrope...

Christine Laemmel

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Des ballons de baudruche.
Des ballons de baudruche. — Flickr cc @FrédéricVissault

S'il y a bien un domaine où les lycéens ne manquent pas d'imagination, c'est la drogue. Certains ont reniflé (voire léché) de la colle Cléopâtre, quitte à devenir accros. D'autres inhalent le gaz contenu dans les bonbonnes de crème chantilly. Scientifiquement, c'est du protoxyde d'azote et la star montante des soirées parisiennes. 20 Minutes vous en parlait le lundi 16 février. Fred*, lycéen suisse, internaute de 17 ans, a lu notre décryptage. Et y a vivement réagi. «Léger vertige, tête qui chauffe», les témoignages décrivaient, au pire, quelques «divagations». Mais surtout, racontait un jeune homme, «tu rigoles beaucoup». Foutaise. Fred nous a apostrophés par message privé sur notre page Facebook. Nous lui avons demandé des détails. 

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«La première fois, c'était il y a un an et demi. Ça nous a fait rire, en effet.» Principal avantage du protoxyde, il est en vente libre, «on n’a rien à se reprocher». A peu près dans toutes les grandes surfaces, on peut se procurer une petite bonbonne de gaz, «comme celles utilisées pour les réchauds». Les cartouches étaient même en rupture de stock à Neuchâtel fin 2013, assure Fred. 

«La réalité n'existe plus»

Deuxième intérêt, la substance ne laisse pas de trace. L'alcool donne la gueule de bois, le cannabis reste un moment dans le sang. Le protoxyde, rien. «On pouvait en prendre en semaine, après l'école.» Trois à cinq fois, quasiment chaque jour, Fred et ses amis vont chez l'un d'entre eux. Accrochent une bonbonne à un ballon de baudruche, vident son contenu dans le réceptacle et l'inhalent d'une traite «jusqu'à ne plus pouvoir». Les 15 premiers jours, les rires fusent, la vue se trouble un peu, les bruits se déforment. Mais les effets ne durent qu'une trentaine de secondes. Après quelques semaines, «la réalité n'existe plus». La «satisfaction», elle, grandit. Fred ne parle pas d'addiction. Il assure que les doses n'augmentent pas. Seuls les effets changent. Les hallucinations arrivent. Jusqu'à ce soir de 2014. «On était à la gare avec mes amis. On voulait se faire deux ou trois ballons avant d'aller à la soirée. A partir de la troisième inspiration, je ne me souviens plus de rien. Je me suis réveillé par terre avec une grosse bosse sur le front, une plaie qui m'a valu trois points de suture.» Et un souvenir de cauchemar. «Une lame qui me rentrait dans la bouche», décrit-il, presque encore affolé. Debout, les yeux grands ouverts, «le regard vide», Fred aurait foncé sur un train à l'arrêt en criant.

«Je me suis demandé jusqu'où le protoxyde aurait pu m'emmener»

C'est ce que ses amis, sous le choc, lui ont raconté, avant de le transporter à l'hôpital. Tous ont arrêté le protoxyde instantanément. Plus tard, pendant son job d'été, Fred échange avec un ancien cocaïnomane. «Je me suis retrouvé dans sa description des effets secondaires, qui ne font que s'aggraver, constate-t-il. Je me suis demandé jusqu'où le protoxyde aurait pu m'emmener». Il y a six mois, le jeune homme a voulu réessayer, «pour voir si les sensations repartaient de zéro.». Après quelques secondes, une sensation de verre dans la gorge le saisit. Il lâche mécaniquement le ballon. «J'en ai flippé pendant deux semaines», se souvient-il. A ce jour, Fred n'a toujours pas retenté l'expérience, ses amis non plus. Et ce n'est pas au programme. 

* Son prénom a été modifié