Pourquoi la représentation des musulmans de France est à revoir

RELIGION François Hollande a admis les difficultés du Conseil Français du Culte Musulman début février et l'urgence de mieux représenter les musulmans de France...

Oihana Gabriel

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Illustration de musulmans devant la Grande Mosquée de Paris, le 26 octobre 2012.
Illustration de musulmans devant la Grande Mosquée de Paris, le 26 octobre 2012. — MIGUEL MEDINA / AFP

Le constat d’échec s’avère quasi unanime. Les attaques terroristes de Paris, la lutte contre la montée du djihadisme, la formation des aumôniers pour éviter la radicalisation en prison, l’explosion des actes islamophobes ont souligné le besoin d’un organisme représentatif des musulmans de France. Mission que le Conseil Français du Culte Musulman (CFCM) ne semble pas avoir remplie jusqu'ici. Au point que François Hollande a demandé au gouvernement «de travailler pour renforcer la représentativité de cette organisation».

Un organisme imposé par l’Etat

«Le CFCM est vu comme un organisme imposé d’en haut, résume Olivier Roy, professeur à l’institut universitaire européen de Florence et auteur de En quête de l’orient perdu. Et reste dirigé par les puissances étrangères. En gros, les instances représentatives ont été divisées entre le CFCM aux Marocains, la Grande Mosquée aux Algériens et une partie des imams pour la Turquie. Le musulman français de base ne s’y reconnaît pas.»

Résultat, les rivalités entre ces gouvernements, mais aussi les bisbilles personnelles ont compliqué d’éventuels accords sur la formation des imams ou sur les dates du Ramadan. L’idée à l’origine était de créer un islam français. Mais on a fait exactement le contraire par facilité, parce que ces pays promettent un islam modéré et mettent des moyens.»

«Il n’y a pas de communauté musulmane»

Autre difficulté: représenter un ensemble de citoyens français disparates. «Le problème, c’est qu’il n’y a pas de communauté musulmane mais des musulmans individualistes», avance Olivier Roy. Et Rachid Benzine, islamologue et enseignant à l’IEP d’Aix, de souligner que «l’immense majorité des six millions de personnes [dont environ deux millions de pratiquants] qui ont un lien avec l’islam préfère se tenir à l’écart de toutes les organisations qui veulent structurer cette religion».

Une multitude qui n’est pas épargnée par les divisions. «On a imposé à des gens ayant des allégeances contradictoires de travailler ensemble: Frères Musulmans, sympathisants wahhabites et adeptes du soufisme, ultra-orthodoxes et libéraux, reprend l'islamologue. L’actualité internationale le montre tous les jours: le monde musulman est déchiré comme jamais.» Pour lui, le CFCM seul ne peut parler pour tous les musulmans. «Il faut organiser une pluralité de mouvements, mais comme l’état jacobin a besoin d’un seul interlocuteur, c’est compliqué. On n’a pas besoin d’un représentant, mais de comités locaux qui travaillent ensemble.»

Conflit de génération

Si le gouvernement agit pour une meilleure représentativité des musulmans, il doit faire confiance aux mosquées et aux jeunes, abonde Olivier Roy. «Pour leurs parents, être musulman et Marocain c’était pareil. Mais la nouvelle génération ne veut plus dépendre des pays étrangers. Leur islam est plus militant, plus visible, les jeunes filles portent le voile, les hommes la barbe.» Et Rachid Benzine de rappeler l’importance de la formation et du rôle des imams. En effet, seulement un tiers d'entre eux seraient salariés, une bonne partie par des pays étrangers... et des imams venus de Turquie, du Maroc, qui ne parlent pas français viennent en renfort tant la pénurie est forte en France. «Les imams devraient suivre des cours de philosophie, sociologie, d’histoire pour être en phase avec la société française et mais aussi avec leur propre Histoire et textes.»

Mais l'encadrement des imams et des aumôniers soulève la question essentielle du financement. Manuel Valls veut des mesures pour empêcher le financement de l'islam de France par «un certain nombre de pays étrangers». Une problématique qui se heurte à l'interdiction de financer un culte par l'Etat français. Mais des pistes ont été esquissées, notamment par Anouar Kbibech, président du Rassemblement des musulmans de France (RMF), interviewé par L'Opinion: une taxe sur les ventes de viande halal ou sur les billets pour la Mecque.