«Cinquante nuances de Grey», un film à mettre sous les yeux des ados?

SEXUALITE Les aventures gentiment sadomasochistes de Christian Grey et Anastasia Steele sont interdites aux moins de 12 ans…

Audrey Chauvet

— 

Capture d'écran du teaser de
Capture d'écran du teaser de — capture d'écran / Universal

«Une romance, presque une bluette». Le président de la commission de classification des films du CNC, Jean-François Mary, est formelCinquante nuances de Grey «n'est pas un film qui peut choquer beaucoup de monde». S’il a été interdit aux moins de 12 ans en France (18 ans au Royaume-Uni et 17 aux Etats-Unis), c’est uniquement en raison de «ce rapport sadomasochiste au sein de ce couple», précise le CNC. Mais pour les ados qui iront voir le film, quel impact ces images peuvent-elles avoir sur la construction de leur sexualité?

La «21e Minute» dédiée à «50 nuances de Grey» - 20 Minutes

 Cliquez sur l'image pour découvrir notre «21e Minute» consacrée à «Cinquante nuances de Grey»

Ne pas prendre les ados pour des idiots

«Ce film, même s’il est soft, banalise les relations sadomasochistes et je pense que le problème est là, estime le psychanalyste et sexothérapeute Alain Héril. Un adolescent de 12-13 ans qui voit le film peut alors penser que ce qui se passe entre les héros est monnaie courante dans la sexualité et cela peut lui donner une image de la relation qui se résume à un rapport de domination et soumission.»  Pourtant, les sexologues sont unanimes: il ne faut pas interdire aux ados de voir Cinquante nuances de Grey. «Plutôt que de leur interdire, ce qui ne ferait que les pousser à la transgression, il faut discuter avec eux du contenu et évoquer les nuances (sic) entre la réalité et la fiction: un matériel pornographique, hard ou soft, n’est qu’un outil pour l’imaginaire et en aucun cas un documentaire sur la sexualité. Il faut leur rappeler que c’est juste une histoire, une fiction qui parle de fantasmes et de désirs», explique la sexologue Ghislaine Paris.

Il ne faudrait toutefois pas prendre nos ados pour des oisillons tombés du nid: nombre d’entre eux s’abreuvent de vidéos porno en accès libre sur Internet. «Ils ont accès sur le Web à des choses beaucoup plus dérangeantes que ce film, note Ghislaine Paris. L’adolescent y est confronté à une violence qu’il peut ressentir comme une intrusion traumatique.» Alain Héril évoque souvent ces sujets avec les ados qui se rendent dans son cabinet : «Il faut quand même leur faire confiance, rassure-t-il. Beaucoup d’entre eux regardent Youporn mais savent que ce n’est pas réel. Le problème se pose quand on a un ado déjà fragile psychologiquement: ce type d’images peut encore le déstabiliser.»

Pas de «grand danger» avec Christian Grey

La majorité des ados seraient donc assez «mûrs» pour distinguer la fiction de la réalité. «Quand ils vont voir Harry Potter, ils ne pensent pas qu’ils peuvent devenir sorciers!», plaisante Ghislaine Paris. Mais quand la réalité dépasse la fiction et que des pratiques sexuelles sont rapportées à grand renfort de détails dans les chroniques judiciaires, cela peut être déstabilisant: «D’un point de vue médiatique, on met souvent en avant l’aspect spectaculaire et déviant de la sexualité, estime Alain Héril. Dans le cas du procès du Carlton, il est important de rappeler aux ados que ces actes a priori répréhensibles sont du ressort de la justice. Et au besoin, leur dire que la sexualité est un rapport entre deux sujets et non pas entre un sujet et une personne qui joue le rôle de l’objet.»

Toutefois, pour le thérapeute, films ou actualités concourent à «banaliser, de manière générale, des comportements sexuels particuliers qui relèvent de choix de vie, comme le SM, l’échangisme ou le libertinage, alors qu’ils ne concernent qu’une frange de la population». Reste que Cinquante nuances de Grey est avant tout une histoire d’amour dans laquelle on ne fait qu’entre-apercevoir des menottes et des poils pubiens. «Les filles y trouveront un matériel de rêverie, les garçons n’y trouveront pas du tout leur compte, donc je n’y vois pas un grand danger», conclut Ghislaine Paris.