Hommes battus: «J'étais stupéfait par la violence et l’abondance des coups»

TEMOIGNAGE Dans «Ma compagne, mon bourreau», Maxime Gaget veut briser le tabou des hommes battus en racontant 17 mois de «cauchemar»...

Propos recueillis par Thibaut Le Gal

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Maxime Gaget, auteur de «Ma compagne, mon bourreau».
Maxime Gaget, auteur de «Ma compagne, mon bourreau». — Louis Monier

Maxime Gaget a le visage marqué. Des séquelles de sa relation avec Nadia*, rencontrée sur Internet. Quelques mois après son emménagement chez elle, c'est le début des violences. Dans Ma compagne, mon bourreau (En librairie jeudi. Éditions Michalon), le développeur informatique raconte 17 mois de «cauchemar» passés sous les coups de sa compagne. Un témoignage pour «briser un tabou tenace». Celui des hommes battus. Entretien.

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Quand commencent les violences?

Le réveillon du 31 décembre 2007, quelques mois après l’emménagement. La dispute part de rien, d’un motif insignifiant. Nadia m'a adressé alors une salve continue de claques. J'étais stupéfait par la violence et l’abondance des coups. J'ai décidé de passer l’éponge. C’était ma première grosse erreur. J’étais à cent lieues d’imaginer ce qui allait suivre...

Très vite, la violence redouble d’intensité…

J’ai eu droit au supplice de la douche glaciale en plein hiver. Ça a été le début de l’horreur. Des coups de poing, de manche à balai au niveau du tibia qui a entraîné un début de gangrène, des coups de poêle à frire à l’arrière du crâne, de presse-agrumes sur le corps, une brûlure avec un couteau chauffé à vif… La liste des violences est longue. J’ai eu l’arrière du cuir chevelu lacéré, le cartilage du nez détruit, le lobe de l’oreille gauche complètement arraché, de multiples factures.

Dans le même temps, Nadia vous empêche d’aller travailler…

J'ai vite perdu mon travail dans une boîte de développement Web: j’avais posé un trop grand nombre de jours de repos. J'ai fait plusieurs séjours à l’hôpital. Quand je rentrais, j’étais séquestré dans son studio, sans avoir la clé pour sortir. Nadia avait aussi cassé à quatre reprises mes lunettes: je ne pouvais plus aller travailler.

Avez-vous eu peur de mourir?

Quand on se retrouve avec un couteau effilé plaqué sur la gorge, on ne rigole plus. A cet instant, j’ai vu ma vie défiler en quelques secondes. De manière arbitraire, elle m'a interdit d’aller me soigner. J’étais mis en esclavage. Je devais appliquer ses consignes à la lettre, et bien sûr, me taire.

Pourquoi ne pas vous défendre?

Je suis quelqu’un de profondément non violent. D’un côté j’étais agressé, mais j’avais en face de moi une femme. Il y a eu un blocage dans mon esprit entre le principe de légitime défense, et celui de ne jamais lever la main sur une femme.

Vous évoquez aussi une emprise mentale…

J'étais isolé de tous. Complètement seul. Mon bourreau m'avait pris mon téléphone, mes papiers, ma carte de crédit, qu'elle a épuisé jusqu'à mes derniers centimes. Elle a posé tous ses pions comme un joueur d’échec. Elle me menaçait de porter plainte pour pédophilie contre ses enfants si je parlais des violences. Mon état psychologique s’est rapidement dégradé par les coups, les privations, le stress, la psychose perpétuelle qu’elle a réussi à insuffler en moi.

Pourquoi ne pas avoir parlé à la police?

J’étais psychologiquement verrouillé. Je ne me voyais pas sortir cette information par rapport au tabou que ça impliquait. J’aurais été pointé du doigt. Il y a une part de peur, et de honte dans la mesure où la masculinité se prend une belle claque. C’était un véritable cauchemar. J’étais plongé au fond d’un puits sans la moindre issue possible.

Comment en êtes-vous sorti?

Les dernières semaines, c’était intenable. J’ai pensé au suicide de manière très sérieuse. Je ne voyais aucune autre option. C’est finalement le frère de Nadia qui a prévenu mes parents par téléphone en mars 2009. Mes proches, dans une mission de sauvetage sont montés à Paris et ont réussi à m’évacuer. J’étais admis le soir même au CHU d’Angoulême. Ils m’ont récupéré dans un état de destruction et de délabrement. J'étais resté 16 mois, trois jours et quelques heures dans ce cauchemar. J’avais perdu 30 kilos. J'étais méconnaissable.

Comment allez-vous aujourd’hui?

J’ai eu la chance d’être pris en charge par les médecins, un bon psy. Je me sens beaucoup mieux. Même s’il y a encore en moi cette colère sourde et noire contre mon adversaire. J’attends d’obtenir justice et réparation [Le dossier sera jugé le 9 avril prochain]. J'aimerais comprendre pourquoi elle est allée jusque-là. Elle seule possède la réponse.

*Le nom a été changé