Lutte contre le décrochage scolaire: «Il faut tordre le cou aux clichés»

INTERVIEW Marie-Claire Michaud, assistante sociale scolaire, revient sur les moyens de lutter contre le décrochage scolaire notamment en impliquant les parents...

Propos recueillis par Maud Pierron

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Shanghaï reste en tête dans l'enquête Pisa sur les élèves de 15 ans publiée mardi, les élèves français demeurant dans la moyenne des pays de l'OCDE même si les inégalités scolaires se sont accrues depuis 2003.
Shanghaï reste en tête dans l'enquête Pisa sur les élèves de 15 ans publiée mardi, les élèves français demeurant dans la moyenne des pays de l'OCDE même si les inégalités scolaires se sont accrues depuis 2003. — Damien Meyer AFP

Une mère de famille a été condamnée lundi dans le Nord à quatre mois de prison en raison de l’absentéisme de son fils, collégien. Une issue extrême pour un cas tout aussi extrême, alors que le décrochage scolaire est une situation malheureusement de plus en plus courante, qui toucherait près de 140.000 enfants par an. Plusieurs structures ont vu jour pour aider ces décrocheurs, en se focalisant entre autres sur l'articulation parents-école. C’est le cas d’Ecole et famille, une association créée il y a quinze ans à Saint-Ouen l’Aumône (Val-d’Oise), par une assistante sociale scolaire, Marie-Claire Michaud, mise en disposition de l’Education nationale. La présidente et fondatrice de l’association explique sa démarche à 20 Minutes.

Expliquez-nous votre manière de travailler...

Notre association est un "espace tiers" entre la famille, l’école et le quartier, où tout le monde peut se rencontrer. Nous faisons à la fois un travail de concertation et .de formation avec les professionnels scolaires, un travail de thérapie familiale, mais aussi un travail de mise en réseau. Selon les problématiques, nous accompagnons aussi les parents vers de l’aide au devoir, des parents relais, qui sont là pour rassurer, expliquer que des solutions existent, ou vers des centres d’aide sociaux. Nous travaillons aussi avec des psychologues. C’est l’articulation de tout cela qui fonctionne, pas un seul de ces dispositifs.

D’après votre expérience, les parents sont-ils forcément responsables dans les cas de décrochage scolaire ?

Le décrochage scolaire est toujours multifactoriel. Mais il est vrai que nous avons de plus en plus de parents isolés, qui font face à d’importantes  difficultés économiques, sociales et de logement. Et plus il a de contraintes urgentes de ce type à gérer, plus il peut avoir tendance à déléguer à l’école certaines responsabilités éducatives. Nous ne traitons pas uniquement le décrochage scolaire mais ce signal d’alerte est  bien souvent la porte d’entrée pour travailler sur une situation familiale complexe. Ce qui est commun c’est dès que les parents sont réellement aidés, ils épaulent leurs enfants.

Avez-vous identifié des réticences du côté des parents ou des enseignants ?

C’est moins des réticences que tordre le cou à des clichés car les représentations que les uns et les autres ont des uns et des autres ne sont pas toujours justes. Il faut éviter que le corps enseignant ne juge un parent dont l’enfant est décrocheur, par exemple. Chacun doit faire un pas vers l’autre et nous sommes cet espace tiers qui permet de faire plus facilement ce pas. Initialement, les politiques voulaient qu’on soit un espace dédié aux parents, mais nous avons insisté pour accueillir les parents et les professionnels. Car les parents acceptent d'autant plus de travailler sur leurs responsabilités parentales s’ils voient que des enseignants travaillent aussi sur leurs pratiques professionnelles. Plus on dialogue ensemble, mieux on se comprend et mieux on vit dans la cité ensemble.

L’éducation nationale ne doit-elle pas toutefois faire plus de place aux parents?

Si, bien sûr. Si on lit les textes, ils sont parfaits: tout est fait pour que l’école s’ouvre aux parents. Mais dans la réalité, l’application de ces textes est plus difficile car on demande énormément à l’école. L’ouverture aux parents n’est pas d’emblée dans la culture de l’Ecole , mais il y a beaucoup d’amélioration et de gros efforts d’ouverture et de disponibilité  ces dernières années. C’est bien pour cela que nous existons: nous sommes le maillon facilitateur qui permet la rencontre école-famille-cité mais il n’y a pas assez de structures comme la nôtre en France. Nous attendons du ministère qu'il encourage et développe de telles structures.