Procès du Carlton: DSK en a assez qu’on parle de ses «pratiques sexuelles»

JUSTICE Le prévenu le plus célèbre de l’affaire du Carlton s’est un peu énervé au deuxième jour d’audience...

Vincent Vantighem

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Dominique Strauss-Kahn le 11 février 2015 à Lille.
Dominique Strauss-Kahn le 11 février 2015 à Lille. — Christophe Ena/AP/SIPA

De notre envoyé spécial à Lille (Nord)

Une première fêlure dans l’armure… Impassible toute la journée de mardi, Dominique Strauss-Kahn s’est, à l’inverse, un peu énervé, ce mardi matin, alors qu’il était interrogé sur une des nombreuses soirées qui composent le dossier du Carlton de Lille (Nord). «Je vais répondre mais je voudrais faire un petit aparté, a-t-il attaqué à la barre. Je commence à en avoir un peu assez de vos questions. La prévention n’a pas retenu de charges pour ‘’comportements sexuels dévoyés’’. Alors pourquoi revenir sempiternellement sur mes pratiques sexuelles?»

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Parce que l’ancien patron du Fonds monétaire international (FMI) est accusé de «proxénétisme aggravé». Et pour savoir s’il a «aidé», «assisté» ou «protégé» la prostitution de jeunes femmes, il faut bien raconter ce qu’il a fait avec elles. A commencer par Jade*. De nouveau à la barre, la frêle jeune femme est revenue sur une soirée qui s’est déroulée à l’hôtel Amigo de Bruxelles (Belgique).

«Aucun client n’a jamais osé me faire ça…»

La «fête» avait en réalité débuté à une centaine de kilomètres de là. Dégoûtée de voir «les corps entremêlés», la prostituée ne participe pas aux ébats en cours au sein du club Tantra, au beau milieu de la campagne. Mais, soucieuse de «mériter» son salaire de 500 euros, elle accepte de raccompagner le président du FMI et une autre fille à son hôtel bruxellois afin d’avoir une relation avec lui.

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«Cette soirée a duré beaucoup trop longtemps, lâche-t-elle à la barre entre deux sanglots. C’est difficile de raconter. Il y a eu un moment plus que désagréable quand j'ai tourné le dos à M. Strauss-Kahn. J'ai subi une pénétration qui ne m'a pas été demandée. A laquelle j'aurais dit non parce que je ne veux pas de ça... Aucun autre client n'a jamais osé me faire ça...»

DSK reconnaît une «pratique rude»

DSK est rappelé à la barre. Comme mardi, il s’excuse de n’avoir pas pris conscience que la jeune fille n’était pas forcément consentante. «Je m’aperçois, avec ce dossier, que j’ai une pratique sexuelle peut-être un peu plus rude que la moyenne des hommes, consent-il. Cette pratique peut ne pas plaire à Jade. Mais cela n’implique en rien la présence de prostituées…»

L’ancien favori des sondages en vue de la présidentielle de 2012 enfonce le clou, clair sur sa stratégie. «On dit depuis le départ, "c’est de l’abattage donc cela veut dire qu’il y avait des prostituées et que vous deviez en être conscient". Mais c’est absurde! J’en ai un peu assez de vos questions…»

Ce  n’est pourtant pas terminé. Passé en l’espace de deux jours de consultant international en économie à spécialiste des clubs libertins, le voilà interrogé sur la frontière entre libertines et prostituées dans ces fameux clubs. «Je ne les fréquente pas trop car c’est risqué pour moi, attaque-t-il avant de conclure. Oui, il y a sans doute des prostituées dans ces clubs. Mais c’est comme les poissons volants: ça existe mais ce n’est pas courant…»