Voyance: Pourquoi croyons-nous encore à ceux qui disent lire l'avenir?

SOCIETE Les Français, cartésiens? Pas tant que ça…

Audrey Chauvet

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Une consultation de voyant.
Une consultation de voyant. — SEL AHMET/SIPA

«La voyance, personne n’y croit mais tout le monde y va»: Claude Alexis, voyant médium, s’est souvent retrouvé dans des soirées où tout le monde disait ne pas croire à son don mais où chacun défilait pour lui demander ce qu’il pouvait lui prédire. D’après un sondage YouGov pour 20 Minutes, près de 24% des Français ont déjà eu recours à une voyante ou médium. Soit près d’un Français sur quatre qui s’en est remis au paranormal pour prendre une décision ou se rassurer. Ils devraient encore être nombreux dans les allées du salon Parapsy, qui débute ce mercredi à l’espace Champerret (Paris XVIIe).

Retrouver de l’ordre dans un monde chaotique

«C’est inhérent à l’être humain de ne pas être rationnel, estime Serge Dufoulon, professeur de sociologie et d'anthropologie à l'université de Grenoble. Le fait que les pratiques ésotériques ou chamaniques aient été repoussées aux marges de la société n’a pas fait disparaître le sacré.» Sorcellerie et monde des esprits n’ont pas encore dit leur dernier mot face aux progrès de la science et de la connaissance: «Les voyants se substituent aujourd’hui aux prêtres et aux psys pour écouter, rassurer, expliquer ce qui nous arrive, remettre de l’ordre là où un événement traumatisant a semé le désordre», poursuit Serge Dufoulon.

Lorsque le monde nous paraît chaotique, nous cherchons donc une signification dans une autre dimension qui nous serait inconnue et à laquelle les voyantes, elles, auraient accès. «Je dis des choses, parfois je ne sais pas d’où ça vient, explique Gina, cartomancienne. Je transmets un message.» Pour elle, «personne ne peut expliquer» ce don de divination même si elle reconnaît que ce sont souvent des gens «hypersensibles» qui le développent.  «Je ne dis pas qu’il faut croire à la voyance, mais il y a des forces inexpliquées sur terre, une part de mystère. Je me dis qu’il doit bien y avoir quelque chose», ajoute-t-elle.

Un monde invisible

Soraya, voyante médium, pense que «tout être humain a une intuition, un sixième sens qu’il n’écoute pas forcément». La voyante va alors l’aider «à décoder ou confirmer ce qu’il sent»: «En consultation, j’ai des flashs, des images successives, comme si je prenais possession d’une situation», décrit-elle. «Il y a des mots, des histoires, qui se dessinent autour de moi avec les cartes, qui me confirment ce que j’entends.» Pour Soraya, c’est son «troisième œil et ses chakras ouverts» qui captent «la couleur de l’âme» de celui qui vient la consulter. «Mes flashs viennent d’un monde parallèle, invisible. Notre destin est plus ou moins tracé, nos actes quotidiens ont une signification car notre âme sait tout.»

Aucune voyante n’est capable de réellement expliquer son don. Pour Rose-Anne Vicari, ancienne voyante, c’est tout simplement «parce qu’il n’y a pas de vraie voyante»: «Je pense que 98% des gens qui exercent la voyance savent que ça n’existe pas, affirme l’auteure de Confessions d’une voyante (éd. Max Milo). Il n’y a pas de don, mais une intuition que tout le monde possède et peut développer.» Après un an de pratique de la voyance, Rose-Anne Vicari s’est aperçue qu’elle «répétait toujours les mêmes choses»: «Des automatismes me revenaient. Je me suis rendue compte alors que je n’avais pas de don mais beaucoup d’empathie et que j’arrivais à cerner la personnalité de ceux qui me consultaient. C’est de la psychologie de base qu’on a tous en soi.»

Trucs et astuces

Si toutes les voyantes reconnaissent ne pas être infaillibles et refusent l’idée que notre destin soit tout tracé, peu évoquent l’effet psychologique dont elles bénéficient: annoncez à une jeune femme «Oh, vous êtes amoureuse!». Faux. Et quelques minutes plus tard: «Vous allez bientôt faire une belle rencontre!». Que retient la jeune célibataire? «Même si on dit 90% de faux et 10% de vrai, la personne ne retient que le positif, note Rose-Anne Vicari. Ce sont les clients qui donnent raison aux voyantes.»  

Enquête réalisée sur 1.056 personnes représentatives de la population nationale française âgée de 18 ans et plus. Sondage effectué en ligne entre le 29 et le 30 janvier 2015 selon la méthode des quotas. Rejoignez le panel YouGov.