Voyance: Dans les boules de cristal se reflètent les inquiétudes des Français

SOCIETE Je vois… La crise économique, le chômage, la peur de l’avenir…

Audrey Chauvet

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Une boule de cristal.
Une boule de cristal. — SUNSHINE INTERNATIONA/SIPA

Elles ne prédisent pas encore l’inversion de la courbe du chômage, mais les voyantes voient bien les conséquences de la crise économique. Le chômage, la peur de l’avenir et les décisions professionnelles ont pris le pas sur les habituels dilemmes sentimentaux dans les tirages de tarots et les boules de cristal.  A l’occasion du salon Parapsy, qui débute ce mercredi à l’espace Champerret (Paris XVIIe), des voyantes nous ont ouvert leur cabinet pour nous révéler les sujets d’inquiétude des Français.

 «Tirez six cartes. Couvrez. Tirez cinq cartes. Recouvrez.» Gina tire les tarots avec un plaisir non dissimulé. En quelques minutes, elle cerne la personne en face d’elle, s’approche par tâtonnements de son passé, donne des indications sur son futur. Son enthousiasme est néanmoins souvent plombé par les questions qui lui sont posées: «Avant, c’était surtout sentimental, mais depuis trois ou quatre ans, on m’interroge plutôt sur le professionnel.» La cartomancienne, qui exerce depuis plus de 20 ans, dit «ressentir un malaise au niveau argent» chez la plupart de ses clients: «C’est pesant», avoue-t-elle. D’après un sondage YouGov pour 20 Minutes, 41% des personnes ayant déjà consulté un voyant l’ont fait pour des questions liées au travail, contre 33% pour la famille et 27% pour la santé.

Tarots, agence immobilière et Pôle emploi

Claude Alexis, voyant médium, fait le même constat: «Beaucoup de mes consultants sont au chômage ou en cours de licenciement. On sent une angoisse et une peur, notamment chez les jeunes qui terminent leurs études.» Les voyantes voient les 25-30 ans débouler dans leurs cabinets entre deux rendez-vous à Pôle emploi, mais elles voient aussi leurs parents: «De plus en plus souvent, des personnes d’une soixantaine d’années me questionnent sur l’avenir de leurs grands enfants», témoigne Gina.

Pour Soraya, voyante médium, la crise a aussi apporté des questions très précises. «Des gens me demandent s’ils doivent se lancer dans une activité d’auto-entrepreneur, si la banque va leur accorder un prêt… Beaucoup sont en panique.» Sans compter les consultations sur les questions immobilières, qui  sont «un stress monumental» raconte Soraya: «Les gens viennent avec des photos des biens qu’ils veulent acheter et me demandent s’ils auront un problème d’amiante, ou bien ils n’arrivent pas à vendre leur maison et me demandent quel tarif de vente ils doivent fixer.»

Le cœur des hommes

Malgré tout, le cœur est encore bien présent dans les consultations, mais un cœur malmené par la société: «Les papas sont inquiets de savoir s’ils auront la garde de leurs enfants en cas de divorce, les maris trompés viennent car ils sont en souffrance, certains hommes célibataires très fleur bleue veulent savoir quand ils rencontreront la femme de leur vie…», énumère Soraya, dont la clientèle auparavant très féminine est maintenant paritaire. Gina, la cartomancienne, tire aussi de plus en plus souvent les cartes aux hommes: «Ils ne sont plus honteux de venir, estime-t-elle. Je vois des hommes qui sont au chômage et qui se demandent comment s’en sortir car ils vivent mal le fait que leur femme travaille et pas eux.»

Véritable baromètre de la société, les cabinets de voyantes ont vu apparaître le mot «colocation», dans la bouche de personnes de plus de 40 ans qui désespèrent d’avoir un jour les moyens de payer seuls leur loyer, les mots «auto-entrepreneur», «découvert bancaire», «diagnostic immobilier». «La première fonction de la voyance est de rassurer, de remettre de l’ordre dans une vie où un événement dramatique a mis le désordre», analyse Serge Dufoulon, professeur de sociologie et d'anthropologie à l'université de Grenoble. Et pour cela, même les personnes en difficulté financière sont prêtes à payer le prix: «C’est comme le Loto: on joue la pièce de la dernière chance.»

>> A suivre: La voyance, un business juteux?

Enquête réalisée sur 1.056 personnes représentatives de la population nationale française âgée de 18 ans et plus. Sondage effectué en ligne entre le 29 et le 30 janvier 2015 selon la méthode des quotas. Rejoignez le panel YouGov.