Attaques terroristes à Paris: «L'attentat du métro Saint-Michel nous a apporté de l'expérience»

TEMOIGNAGE L'attentat du métro Saint-Michel a fait évoluer les secours, comme le racontera le docteur Jacques Hascoët ce samedi au salon Secours Expo...

Céline Boff
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Photo d'archive de l'attentat du métro Saint-Michel, en 1995
Photo d'archive de l'attentat du métro Saint-Michel, en 1995 — HADJ/SIPA

Il y a un mois, des attentats ensanglantaient la capitale. Ces événements ont été suivis de près par le docteur Jacques Hascoët, ancien médecin urgentiste à la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris. Il est intervenu lors de nombreux attentats, jusqu’à celui du métro Saint-Michel, en 1995. Cet attentat a fait évoluer l’organisation des secours, comme il en témoignera ce samedi sur le salon Secours Expo, à la Porte de Versailles. 20 Minutes l’a rencontré. Voici son témoignage.

«C’était l’été et la France était calme. Ce 25 juillet, nous avions été appelés pour un feu dans le métro. Juste avant d’arriver place Saint-Michel, je remarque six personnes allongées par terre, à la sortie d’une petite entrée du métro.» Le docteur s’arrête, s’approche des blessés et décide d’entrer dans la bouche de la station.

«Là, je vois des gens qui marchent comme des zombies. Je descends encore. Cette fois, il n’y a plus personne, sauf des blessés et des morts. Je vois des gens déchiquetés. Je me dis qu’ils se sont peut-être jetés sous le métro pour échapper aux flammes… Et là, ça fait tilt: je comprends que ce n’est pas un incendie, mais qu’une bombe a explosé.»

«Il ne faut surtout pas soigner et c’est très dur»

Le docteur, qui est le premier sur les lieux, appelle le 18 et déclenche le Plan rouge. Ce plan d'urgence a été créé après l’explosion de la rue Raynouard (Paris XVIe), en 1978. A cette époque, les secours avaient commis plusieurs erreurs et des personnes étaient mortes du fait de cette mauvaise coordination. Au cours des années 1980, avec les attentats de la rue Copernic ou de l’aéroport d’Orly, le dispositif s’est amélioré.

Jusqu’à cette journée de 1995. Le docteur Hascoët commence par faire le tour des victimes. «Il ne faut surtout pas les soigner et c’est très dur… C’est contraire à tout ce que l’on nous apprend à l’école, mais l’urgence, c’est d’évaluer les blessés, de les prioriser.»

Et puis, les secours arrivent. «C’était en juillet, il faisait très chaud. La station est profonde et les cheminements sont difficiles. Les escaliers mécaniques étaient à l’arrêt et les pompiers devaient brancarder les victimes par les escaliers. Quand ils arrivaient en haut, ils étaient épuisés», se souvient le docteur, aujourd’hui retraité.

«Des tas de gens fuient quand il y a une explosion»

«Saint-Michel nous a apporté l’expérience de l’intervention en profondeur et la première leçon que nous en avons tirée, c’est qu’il fallait organiser des relèves de brancardages». Pour la première fois aussi, les secours mettent sur pied non pas un, mais trois postes médicaux. Le premier au sous-sol, les deux autres dans des cafés en surface. Ils sont rapidement pris d’assaut.

«Des tas de gens fuient quand il y a une explosion et puis, quand ils voient les secours arriver, ils reviennent», explique Hascoët. «Ils ne sont pas forcément blessés, mais ils sont choqués. La prise de conscience de la nécessité de mettre en place une cellule médico-psychologique est également née à Saint-Michel.» Et elle a été mise en place efficacement lors des derniers attentats à Paris, comme en témoignent les professionnels.

«Le Plan rouge est toujours améliorable. Lors de l’attentat d’Orly, en 1983, j’avais pris des papiers et des crayons pour apposer des numéros sur chacun des blessés afin de les évacuer au mieux. Maintenant, on fournit aux victimes des bracelets avec des codes-barres. Mais on garde toujours un petit crayon… L’informatique, ça tombe en panne. Et le portable, ça ne capte pas… Alors, on garde aussi le généphone, un appareil né lors de la Première guerre mondiale. Ces téléphones reliés par un câble de 500 mètres permettent de communiquer en toutes circonstances». Même dans les tréfonds d’une profonde bouche de métro.