Attentats à Paris: Les secours racontent comment ils ont vécu ces événements

TEMOIGNAGES Pompiers, médecins du Samu ou encore bénévoles reviennent sur leur gestion des attaques terroristes à l'occasion du salon Secours Expo...

Céline Boff
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Une femme tient une pancarte «Je suis Charlie» lors d'un rassemblement place de la République à Paris, le 8 janvier 2015, au lendemain de l'attentat contre «Charlie Hebdo».
Une femme tient une pancarte «Je suis Charlie» lors d'un rassemblement place de la République à Paris, le 8 janvier 2015, au lendemain de l'attentat contre «Charlie Hebdo». — MARTIN BUREAU / AFP

«En termes de secours, tout s’est bien passé, mais ça aurait pu aller très mal.» Quasiment un mois jour pour jour après l’attentat à Charlie Hebdo, le professeur Denis Safran, de la Brigade de recherche et d’intervention, est revenu* sur les événements qui ont ensanglanté Paris début janvier.

Et il ne se ménage pas: «Nous avons fait venir les équipes Porte de Vincennes alors que la zone n’était pas encore sécurisée. Moi-même, je suis allé récupérer un policier blessé à trois mètres de l’hypermarché casher… Mais il y aurait pu avoir une bombe, tout aurait pu exploser.»

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«Il y aurait effectivement pu avoir une bombe à Charlie et dans l’Hyper Cacher, ou un tireur embusqué. Nous n’avons pas suffisamment pensé au risque de sur-attentat», renchérit le professeur Pierre Carli, médecin chef du Samu de Paris. Et d’ajouter: «Nous avons agi vite et c’est important, mais l’une des leçons que nous tirerons de ces attentats, c’est que la précaution doit primer sur l’efficacité».

«Ca m’a rappelé l’attentat de Saint-Michel en 1995»

«Moins d’une heure après la fusillade à Charlie, le chef de l’Etat et plusieurs responsables politiques sont arrivés sur les lieux. Ils se sont appuyés sur des voitures non connues, qui auraient pu être piégées», ajoute le professeur Safran. Les services de secours français vont désormais chercher à profiter de l’expérience d’autres peuples, notamment «des Israéliens qui connaissent bien le sur-attentat», explique le colonel Frédéric Monard, chef d’état major de la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris. «Il ne faut pas sous-estimer ce risque: les fusillades peuvent continuer jusque dans les couloirs des hôpitaux. C’est arrivé à Bucarest (Roumanie)», rappelle le médecin-général Henri Julien.

Si chaque événement est une opportunité d’amélioration pour les services de secours, tous louent la très bonne coordination des équipes lors des derniers attentats. «Je n’étais pas présent pour Charlie, mais j’étais Porte de Vincennes», raconte Pierre-Emmanuel Ranson, de la Protection civile de Paris.

«En général, il n’est pas facile de mobiliser des bénévoles en pleine journée parce qu’ils sont au travail. Mais là, tout le monde est venu. Ça a été quelque chose d’incroyable, ça m’a rappelé l’attentat de Saint-Michel en 1995.» Les équipes professionnelles et bénévoles ont quand même dû s’adapter, car l’attentat à Charlie n’avait rien à voir avec les précédents.

«D’un point de vue médical, c’était simple: nous avions malheureusement beaucoup de morts et très peu de blessés»,  explique le professeur Carli. «Et nous étions confrontés à des personnes avec des blessures de guerre que nous n’avons pas l’habitude de traiter», ajoute le docteur Patrick Hertgen, vice-président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France (FNSPF).

«Nous devons capitaliser sur ces attentats»

Il a aussi fallu gérer les traumatismes psychologiques. «Pour Charlie, nous avons rassemblés tous les impliqués dans un théâtre situé en face du journal. Les familles des victimes, qui ne parvenaient pas à joindre leurs proches, ont commencé à arriver. Nous avons eu rapidement trop de monde alors nous avons organisé des transferts vers l’Hôtel Dieu pour leur prise en charge psychologique», détaille le professeur Carli.

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«Nous devons capitaliser sur ces attentats, inscrire ce que nous avons appris dans notre mémoire collective», poursuit le professeur. «C’était une situation très inhabituelle. Nous devons continuer à créer des procédures pour gérer le quotidien, mais nous devons aussi laisser une place à l’imprévu, développer une expertise presque artisanale pour ne pas trop nous laisser surprendre», conclut le docteur Hertgen.

*Tous les propos ont été tenus lors d’une conférence organisée ce vendredi sur le salon Secours Expo, qui se tient jusqu’à dimanche à Paris, Porte de Versailles.