Les Français et la psychanalyse, je t’aime moi non plus

SOCIETE A l’occasion de la sortie ce jeudi du «Petit Freud illustré», «20 Minutes» s’est penché sur notre rapport à cette technique d'analyse

Faustine Vincent

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Sigmund Freud, le père de la psychanalyse, à Londres en 1938.
Sigmund Freud, le père de la psychanalyse, à Londres en 1938. — AFP

C’est une singularité française. Nous sommes le seul pays où Freud est enseigné, dès la classe de terminale, en cours de philo. A 17 ans, on se familiarise déjà avec le «ça», le «surmoi», le «refoulement» et l’«inconscient». Véritable icône culturelle en France, Sigmund Freud fait de nouveau l’objet d’un ouvrage publié ce jeudi, Le petit Freud illustré (Ed. de l’Opportun), un dictionnaire ludique expliquant les concepts du père de la psychanalyse.

Du déclin à la crise

Pourtant son âge d’or, qui remonte aux années 1960-80, est bel et bien terminé. «Il y a eu un déclin à partir des années 1990. La psychanalyse ne s’était pas assez démocratisée en France, elle était réservée à des gens pouvant payer», explique le psychanalyste Jean-Jacques Ritz, co-auteur de l’ouvrage.

Aujourd’hui, le déclin s’est même mué en crise. «Il y a beaucoup moins de demandes de cures psychanalytiques. Les gens veulent des résultats rapides. Or la psychanalyse fait travailler sur son histoire personnelle et la pensée, mais ne donne pas de conseils ni de solutions. Les gens se rabattent sur les nouvelles thérapies et des approches plus comportementalistes».

La psychanalyse face aux manuels sur le bonheur

L’exploration douloureuse de l’inconscient n’a plus la cote. Jugée trop sévère, élitiste, pas assez efficace, la psychanalyse s’est fait voler la vedette par les livres sur le développement personnel, qui inondent les rayons des librairies. «Ces manuels grand public, présentés comme sympas et rapides, sont une façon de croiser la philosophie, la morale et la psychologie. Ils entrent dans la catégorie du ‘’bonheur’’, ultra à la mode. Des psychiatres surfent sur cette vague», relève Samuel Lézé, anthropologue et auteur de L'autorité des psychanalystes (PUF).

L’opposition entre ces deux approches est née aux Etats-Unis dans les années 1960 avant de gagner la France dans les années 1980. La côte Est était le règne des psychanalyses freudiennes, rigides, demandant du temps et de l’argent. La côte Ouest, elle, s’est tournée vers le développement des psychothérapies, plus liées au corps et au groupe.

Adaptation forcée

Les psychanalystes ont dû s’adapter à ces évolutions. Ils sont désormais de plus en plus nombreux à proposer une séance par semaine voire tous les quinze jours à leurs patients, au lieu des 3 à 4 séances hebdomadaires classiques. C’était impensable il y a encore 40 ans.

Combien de Français vont-ils chez le «psy», toutes tendances confondues ? 33% en auraient déjà consulté un, avance un sondage Mediaprism publié lundi*. Un chiffre pourtant très incertain. «Il n’y a pas d’épidémiologie en France à ce sujet. C’est très compliqué d’avoir des chiffres. On a des évaluations au doigt mouillé, mais c’est tout», explique Samuel Lézé. L’historienne et psychanalyste Elisabeth Roudinesco, auteur de Pourquoi la psychanalyse (Poche), évalue à 5 millions le nombre de personnes «en souffrance consultant un psy ou qui se traitent par des psychotropes».

Fascination/répulsion

On a beau entendre parler de «psy» un peu partout aujourd’hui, les Français restent ambivalents à ce sujet. La psychanalyse, en particulier, suscite une forme de fascination/répulsion. «Les gens évitent de dire qu’ils sont en thérapie. Il y a toujours une réserve et de la peur, parce que ça touche à l’inconscient. En même temps, il y a une plus grande ouverture. On entend plus souvent : ‘’j’ai un problème, je vais chez le psy’’», observe Jean-Jacques Ritz.

Seule certitude : malgré les déboires de la psychanalyse, et les tentatives de déboulonnage de son inventeur, Freud a encore de beaux jours devant lui.

*Étude réalisée par Mediaprism auprès d’un échantillon représentatif de 1064 individus en décembre 2014.