Journées mondiales sans portable: «Il faut se réserver des moments de déconnexion»

INTERVIEW Alia Cardyn, auteur du «Petit cahier d’exercices de digital detox», qui paraît le 9 février aux Editions Jouvence, explique comment on peut mesurer sa dépendance au portable…

Propos recueillis par Delphine Bancaud

— 

Téléphone portable, illustration.
Téléphone portable, illustration. — POUZET/SIPA

Appel, consultation d’Internet, envoi de SMS, lecture des alertes d’information, écoute de musique… La multiplication des usages du portable a augmenté le risque de dépendance à ce petit joujou technologique. A l’occasion des journées mondiales sans portable qui démarrent ce vendredi, Alia Cardyn, auteur du Petit cahier d’exercices de digital detox*, qui paraît le 9 février aux Editions Jouvence, délivre quelques conseils pour savoir si l’on est accro au portable ou pas.

La dépendance au portable est-elle liée à la multiplication des usages rendue possible par les smartphones?

En partie, car les occasions d’utiliser son portable sont multiples. Cela crée des automatismes et le phénomène de dépendance se crée insidieusement sans que l’on s’en rende compte. Mais les pratiques addictives sont aussi la conséquence d’une exigence de plus en plus forte des employeurs à ce que leurs salariés soient le plus joignables possible. Du coup, les frontières entre la vie professionnelle et la vie privée sont brouillées.

Quels sont les autres méfaits de cette addiction?

Selon des chercheurs, le fait d’être très souvent interrompu dans ses activités réduirait temporairement le Q. I., comme c’est le cas après une nuit blanche. Les pertes de concentration nuisent aussi à la productivité. Par ailleurs, le fait d’être accro à son portable empêche d’être en face de soi-même et peut avoir une incidence sur son bien-être intérieur. La relation aux autres peut aussi être altérée car on leur donne l’impression que le smartphone est plus important que les moments partagés avec eux. Enfin, le fait de consulter son portable avant de dormir réduit la sécrétion de mélatonine et a donc une incidence sur le sommeil.

La dépendance au portable s’évalue-t-elle via le nombre d’heures que l’on passe sur son appareil?

Pas uniquement, car son utilisation peut être inhérente à l’activité professionnelle de la personne. Mais si elle n’a pas le besoin impérieux d’appeler ou d’être appelée dans son activité professionnelle quotidienne, il peut être utile d’évaluer le temps qu’elle passe dessus. Car on a tendance à le sous évaluer. Pour cela, il suffit de noter sur une journée, le nombre de fois où l’on va se saisir de son portable et pour quels usages.

Quels sont les autres moyens pour jauger sa dépendance?

L’idée est d’évaluer son ressenti lorsque l’on n’a pas accès à son portable quelques heures. Êtes-vous inquiet? Stressé? De mauvaise humeur? Ou vous sentez-vous libre, détendu, serein? Si les sentiments négatifs dominent, c’est le signe que vous êtes accro. Même chose, si vous gardez toujours votre portable à côté de vous pendant les repas ou sur votre table de nuit, alors que votre activité professionnelle n’implique pas de rester joignable.

Comment lutter contre son addiction?

Il faut faire le choix de la technologie et ne plus se laisser dominer par elle. Cela implique de se réserver des moments de déconnexion. Vous pouvez commencer par éteindre votre portable lorsque vous êtes en famille, pendant les repas, lors des activités sportives ou culturelles, et pendant au moins un des deux jours du week-end. Vous devez aussi limiter l’envoi d’alertes d’actualité sur votre smartphone afin d’éviter les interruptions fréquentes de vos activités. Il est aussi conseillé d’arrêter de consulter votre portable 1h30 avant de vous coucher et faire en sorte de ne pas vous jeter dessus le matin dès le réveil. Enfin, si votre activité professionnelle le permet, il faut privilégier des plages de concentration de deux heures d’affilée.

*Petit cahier d’exercices de digital detox, éditions Jouvence, 6,90 euros.