Etre une fille en filière scientifique: Et si on avait dépassé le stade du «handicap»?

VOUS TÉMOIGNEZ L'opération Science Factor veut attirer les jeunes vers les métiers scientifiques, à commencer par les filles…

C.L et O.G

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Une femme dans laboratoire utilise un microscope
Une femme dans laboratoire utilise un microscope — PURESTOCK/SIPA

Les organisateurs de Science Factor croyaient sûrement bien faire. Mais en plaçant une fille à la tête de chaque équipe participant au concours d’innovations scientifiques, ils s’attirent les foudres d’Anne. «Si je dois être à la tête d’un projet, j'aimerais l'avoir mérité, réagit la jeune étudiante en classe préparatoire PCSI. Pour ma persévérance, mon talent mais surtout pas parce que je suis née avec des chromosomes XX.» La discrimination positive, Anne s’y oppose. Malgré les chiffres (30% de filles dans les filières scientifiques post-bac) malgré l’«intériorisation de stéréotypes sexistes» dénoncée par le gouvernement, Manon refuse aussi d’enfoncer le clou. «J'ai peut-être rencontré un ou deux profs qui étaient encore dans les années 50, soutient cette ingénieure, qui pensaient qu'une fille n'avait rien à faire là», pas plus.

«Plus chouchoutée que maltraitée»

En 2015, le monde de la science ne serait-il que tolérance? Oui, «l’image d’Epinal du chercheur, c’est encore Einstein, pas Marie Curie», assure Claudine Schmuck, fondatrice de Global Contact et organisatrice de Science Factor. Oui, «chez les stars du numérique, on voit surtout des hommes», poursuit-elle, mais le cliché s’estompe.  Seuls stigmates de Léa, en dernière année d’école d’ingénieur, de sa terminale S option science de l'ingénieur, l’étonnement de certains de ses professeurs. Deux ans plus tard, elle intégre un DUT GEII (génie électrique et informatique industriel). «Je me sentais un peu épiée, confie-t-elle, mais on s’y fait». Comment réagir autrement lorsque sur 60 élèves, seulement quatre sont des filles? «Les garçons peuvent être lourds, rustres, concède la jeune fille, mais au final, on y est plus chouchoutée que maltraitée.»

«Ne pas mettre les filles sur un piédestal»

Le corps enseignant, lui,  aurait plutôt tendance à valoriser leur présence.  «Ils nous font remarquer que la présence des filles peut être agréable dans une classe de mecs», rapporte Léa.  Et sur le marché du travail, leur «différence» paye aussi. «Les entreprises se rendent compte que les équipes mixtes sont plus complémentaires, développe Claudine Schmuck. Ainsi chez Renault, les besoins spécifiques des femmes au volant ont été mieux anticipés avec le recrutement de femmes.» De là à «mettre les filles sur un piédestal»? Anne s’y refuse. «Cela me donne l'impression qu'être une fille est, du coup, à l'origine, un handicap.» 

A écouter Léa, Anne et les dizaines de filles qui ont réagi sur notre page Facebook et Twitter, être une fille en science serait juste… une particularité qu’elles ne tiennent pas à mettre en avant. Pas un frein, ce serait faire mentir les chiffres de leurs réussites, encore moins un coup de pouce, ce serait presque leur manquer de respect.  «Je ne savais pas qu'en 2015, des personnes se posaient encore de telles questions sur le parcours d'une fille dans le scientifique, assène Anne. Je suis dans une classe de 35 élèves et je fais partie des quatre filles de la classe. En demi-groupe, je suis l'unique fille. Et?» . Et vous n’avez plus à hésiter une seconde, mesdemoiselles.