Liberté d'expression: Reporters sans frontières en appelle aux religieux, l'Eglise s'en irrite

SOCIETE L’association Reporters sans frontières (RSF) a appelé les religieux à signer une «proclamation sur la liberté d'expression»…

20 Minutes avec AFP

— 

Christophe Deloire, directeur général de Reporters sans frontières depuis juillet 2012.
Christophe Deloire, directeur général de Reporters sans frontières depuis juillet 2012. — PHILIPPE HUGUEN / AFP

Quatre semaines après l'attentat de Charlie Hebdo, Reporters sans frontières (RSF) a appelé mardi les religieux à signer une «proclamation sur la liberté d'expression», initiative diversement accueillie par les intéressés, l'Eglise ne cachant pas son irritation.

>> Notre interview, en janvier, du président de RSF sur le sacré et le blasphème

Sous-titré «le pluralisme au service de nos libertés», le texte postule que «nul ne peut imposer sa conception du sacré à autrui» et que «chacun est libre d'exprimer et de diffuser des critiques, même irrévérencieuses, envers tout système de pensée politique, philosophique ou religieux».

Plusieurs ratifications

«La liberté d'information et d'expression, celle des journalistes comme des citoyens, ne saurait être contrainte ou limitée par les convictions ou les sensibilités des uns ou des autres», affirme encore cette proclamation.

RSF ambitionne de faire signer son texte aux plus de 10.000 responsables de lieu de culte en France (curés, pasteurs, imams, rabbins, prêtres orthodoxes, moines bouddhistes…). Si cette initiative a reçu l'appui «sans réserves» du président de l'Observatoire de la laïcité, l'ancien ministre socialiste Jean-Louis Bianco, et d'une quinzaine d'intellectuels, elle est plus diversement reçue par les responsables des cultes.

Le président de la Fédération protestante de France (FPF), le pasteur François Clavairoly, a signé des deux mains. Dalil Boubakeur a lui aussi ratifié le texte, mais en tant que recteur de la Grande mosquée de Paris, pas comme président d'un Conseil français du culte musulman (CFCM).

Soupçon sur les religieux

Le grand rabbin de France, Haïm Korsia, il s'est interrogé sur la méthode choisie par RSF - un appel aux responsables de cultes publié avant même que ceux-ci ne puissent en discuter - tout en exprimant son accord de principe, selon son entourage.

La Conférence des évêques de France (CEF), elle, s'agace. «Nous respectons le travail immense que fait RSF pour la liberté de la presse dans le monde, mais quelle légitimité a-t-elle pour lancer un appel aux responsables des cultes? Toute association va-t-elle demain sommer l'Eglise catholique de dire quelque chose sur tel ou tel sujet ? Jusqu'où ira-t-on ?», s'interroge le porte-parole de la CEF, Mgr Olivier Ribadeau Dumas.

«Je trouve que ce texte fait peser un soupçon sur les religieux, qui seraient comme responsables du climat du moment et d'un manque de liberté d'expression», confie à l'AFP le prélat.