Mal-logement: Pourquoi les familles précaires refusent-elles parfois les logements qu’on leur propose?

SOCIAL Selon le 20e rapport de la Fondation Abbé Pierre paru ce mardi, certains ménages   refusent la proposition de logement qu'on leur fait..

Delphine Bancaud

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NANTES, le 27/10/2011 Une femme tchétchène veuve et mère de trois enfants vit depuis quelques mois dans un hotel de la banlieue de Nantes
NANTES, le 27/10/2011 Une femme tchétchène veuve et mère de trois enfants vit depuis quelques mois dans un hotel de la banlieue de Nantes — © Fabrice ELSNER

Aujourd’hui, 3,5 millions de personnes sont confrontées au mal-logement en France selon le 20e rapport de la Fondation Abbé Pierre paru ce mardi. Malgré cette situation, «certains demandeurs refusent la proposition qu’on leur fait», souligne le rapport, même s’ils habitent dans des logements très précaires, voire insalubres. Un phénomène méconnu, qui reste minoritaire et qui s’explique par plusieurs raisons.

«Certains ménages obtiennent des réponses très éloignées de leurs attentes qui peuvent engendrer des complications importantes dans leur vie au quotidien», explique Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation Abbé Pierre. Les logements proposés sont parfois trop petits, trop chers. Ils peuvent aussi être trop éloignés du lieu d’habitation de la famille et donc de l’école des enfants, ainsi que du lieu de travail des parents. D’autant que ces familles n’ont généralement pas les moyens d’avoir un véhicule».

«Certains ménages ne peuvent plus s’appuyer sur la famille pour faire garder les enfants et n’ont pas les moyens de payer une baby-sitter», souligne aussi le rapport de la Fondation Abbé Pierre. «Ces familles ont parfois refait leur trou à un endroit, ont reconstruit un réseau amical et sanitaire (lorsqu’elles sont confrontées à des problèmes de santé) et déménager représente un nouveau déracinement qu’elles ont du mal à envisager», explique aussi Myriam Le Borgne, en charge du relogement au centre d'hébergement d’ATD Quart-Monde à Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis).

Le refus d’habiter dans un quartier sensible

La localisation du logement social proposé peut aussi poser problème lorsque celui est situé dans un quartier sensible. «Les effets de réputation, le marquage ethnique, l’hypersensibilité à la question scolaire et au devenir des enfants sont ainsi autant d’arguments, fantasmés ou réels qui motivent les refus», souligne le rapport. Un avis que partage Myriam Le Borgne: «Les cités sont souvent considérées pour ces familles comme un univers insécurisant dans laquelle elles n’arrivent pas à se projeter, d’autant plus après avoir vécu longtemps dans l’insécurité. Elles ne veulent pas non plus être assimilées à ces quartiers».

La peur de l’inconnu

Enfin, le refus de certaines solutions de relogement trouve aussi son explication dans des freins psychologiques. Le rapport de la Fondation Abbé Pierre évoque cette «peur du saut dans le vide, qu’il faut de plus effectuer dans l’urgence», les demandeurs ne disposant parfois que de quelques jours pour se décider.

«Tout changement est source d’angoisse. D’autant que ces familles peuvent craindre de ne pas réussir à payer le loyer ou à s’habituer à leur nouvelle vie», indique Yann Bertin, directeur du centre d'hébergement d’ATD Quart-Monde à Noisy-le-Grand. C’est la raison pour laquelle de nombreuses associations accompagnent les familles dans cette étape cruciale. «C’est d’autant plus important que beaucoup d’entre elles sont persuadées que si elles sont prioritaires Dalo, elles peuvent refuser deux propositions de logement, alors que ce n’est pas le cas», précise Myriam Le Borgne. Mais en les informant sur leurs droits et en les guidant dans la construction de cette nouvelle vie, les associations aident ces familles à se construire un avenir.