Braquage d’un camion de timbres: «Les timbres peuvent être écoulés dans des bureaux de tabac»

INTERVIEW Fabrice Rizzoli, spécialiste de la criminalité organisée, n’est pas surpris par le braquage de 20 millions d’euros de timbres ce mardi…

Propos recueillis par Audrey Chauvet

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Illustration d'une enseigne de tabac.
Illustration d'une enseigne de tabac. — Frédéric Scheiber/20MINUTES

Voler des timbres de collection, c’est compréhensible. Mais voler de simples timbres postaux et des enveloppes pré-timbrées, cela paraît improbable. C’est pourtant ce que c’est passé ce mardi matin à Brie-Comte-Robert (Seine-et-Marne) où deux malfaiteurs ont braqué un poids lourd transportant pour environ 20 millions d’euros de timbres postaux. Rien d’étonnant pour Fabrice Rizzoli, docteur en science politique qui enseigne dans différents établissements universitaires et anime le site mafias.fr.

Ces vols de timbres sont-ils courants en France?

Les vols à mains armées constituent une des principales activités d'accumulation du capital des «équipes à tiroir» françaises. Ces petites équipes se livrent au vol de matériel informatique, imprimantes, ordinateurs, cartouches d’encre, ou comme aujourd’hui de timbres, puis les revendent grâce à des receleurs professionnels. Une fois l'argent amassé, certains dépenseront tout, d'autres auront le capital nécessaire pour se mettre au proxénétisme, aux machines à sous et à la drogue.

Comment sont écoulés ces timbres volés?

Les timbres peuvent être écoulés dans des bureaux de tabacs liés au crime organisé.  Les voleurs revendent les timbres la moitié du prix aux buralistes, tandis que la Poste ne leur laisse que 5% de marge… Demain, chacun de nous peut acheter des timbres de contrebande dans un bureau de tabac sans le savoir.

Les bureaux de tabac sont donc un moyen efficace de blanchir de l’argent?

Les réseaux criminels possèdent souvent des bureaux de tabac, utiles pour blanchir les fonds provenant du trafic de drogue et des machines à sous. Quand un client se présente avec un ticket de loterie ou un jeu gagnant, on lui rachète son ticket 10 ou 20% plus cher que son gain. Si un jour un magistrat s’interroge sur la provenance de l’argent, on répond qu’on a de la chance au jeu… C’est aussi le cas avec les débits de boisson: on dit qu’on vend plus d’anisette qu’en réalité et on met l’argent sale dans les caisses. C’est l’histoire de la criminalité depuis cent ans!