La garde alternée en France, une affaire de riches?

FAMILLE Selon une étude de l’Insee qui paraît ce mercredi, la garde alternée concernait seulement 15% des enfants de couples divorcés en 2009...

Delphine Bancaud

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Une enfant tient la main de sa mère à l'école, le 4 septembre 2012 à Marseille (Bouches-du-Rhône).
Une enfant tient la main de sa mère à l'école, le 4 septembre 2012 à Marseille (Bouches-du-Rhône). — ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP

Une semaine chez maman, une semaine chez papa, une option qui reste marginale lorsque les parents se séparent. Selon une étude de l’Insee qui paraît ce mercredi, la garde alternée ne concernait que 15% des enfants de couples divorcés en 2009. Une proportion qui a un peu augmenté depuis, car selon les statistiques du ministère de la justice révélées la semaine dernière, elle était de 21% en 2012.

«Sans doute parce que la résidence alternée est mieux acceptée socialement et parce que les juges sont plus enclins à se prononcer pour», explique Corinne Prost, chef du département des études économiques. Reste que cette pratique est largement minoritaire en France. 20 minutes en analyse les principales causes.

Des freins économiques

L’Insee montre que le recours à la garde alternée est plus fréquent pour les parents aux revenus élevés. Et pour cause: «Les parents optent davantage pour cette solution lorsqu’ils disposent chacun d’un appartement suffisamment spacieux pour pouvoir accueillir les enfants», explique Corinne Prost. D’ailleurs, l’Insee montre que le recours à la garde alternée est inégalement réparti sur le territoire et qu’il est corrélé au niveau socio-économique des habitants du département. Ainsi, il concerne plus d’un enfant sur cinq dans l’Aveyron, le Finistère, la Haute Savoie, mais moins d’un enfant sur dix dans le Nord Pas-de-Calais, les Ardennes, la Meuse et la Haute-Marne.

Des obstacles organisationnels

Outre le fait que chacun des parents doit posséder un logement susceptible d’accueillir les enfants, tous deux sont obligés d’habiter à proximité l’un de l’autre, ce qui n’est pas toujours compatible avec leur emploi. La garde alternée complique aussi leur vie quotidienne: «Il faut déménager les affaires scolaires des enfants d’un logement à l’autre, faire bouger le planning en cas d’imprévu, organiser son travail en fonction de la présence ou non des enfants…», souligne Corinne Prost. Des contraintes qui peuvent au final décourager ceux qui souhaiteraient emprunter cette voie.

Une solution qui n’est pas adaptée aux plus petits

La garde alternée reste rare pour les enfants en bas âge (lorsque l'enfant a moins de 6 ans, la garde quotidienne revient à 82% à la mère). Les pédopsychiatres estiment souvent que la formule une semaine chez le père/une semaine chez la mère n’est pas souhaitable pour un enfant de moins de trois ans, qui ne peut pas être éloigné de sa mère trop longtemps et de façon répétée, sous peine de développer des angoisses. Du coup, les parents qui estiment qu’un roulement plus fréquent est difficile à mettre en œuvre, optent pour la garde exclusive.

Des blocages psychologiques

«Pour mettre en place cette solution, il faut que le divorce se soit relativement bien passé et que les parents s’entendent suffisamment bien pour pouvoir continuer à organiser la vie de l’enfant», souligne d’emblée Corinne Prost. Par ailleurs, comme le montre l’Insee, la garde alternée concerne plus souvent les enfants en maternelle et en primaire (l'âge moyen de l'enfant étant de 9 ans), mais moins les collégiens et les lycéens. Lorsque ces derniers sont consultés pour le choix de leur lieu de résidence, ils ont plus tendance à choisir la garde exclusive. «Cela s’explique parfois par le fait que changer sans cesse de domicile leur pèse et qu’ils préfèrent la stabilité», explique Corinne Prost.