Fondation Abbé Pierre: Leïla vit depuis 15 ans dans 4 m2

REPORTAGE Alors que le 20e rapport sur le mal logement de la Fondation Abbé Pierre sort ce mardi, «20 Minutes» a rencontré Leila*…

Delphine Bancaud

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Leila, 55 ans, vit depuis 15 ans dans 4 m2 à Paris. Lancer le diaporama
Leila, 55 ans, vit depuis 15 ans dans 4 m2 à Paris. — D.Bancaud

C’est un immeuble haussmannien dans le chic 8e arrondissement de Paris. Difficile de croire qu’il est le théâtre d’une situation de mal logement, comme celles qui sont décrites dans le 20e rapport de la Fondation Abbé Pierre qui sort ce mardi. Et pourtant, au 6eme étage, Leïla*, 55 ans, vit depuis 15 ans dans une microscopique chambre de bonne 4m2. Une situation difficile à concevoir car la loi énonce que l’on ne peut louer un appartement de moins de 9m2. Et pourtant la réalité est implacable.

Arrivée en France en 1993, Leïla a travaillé pour une vieille dame de l’immeuble. «Je lui faisais les courses et le ménage et en 1999, elle m’a proposé de loger dans cette chambre, moyennant un loyer de 150 euros mensuels. J’ai tout de suite accepté car j’en avais assez de vivre chez des amis», raconte-t-elle. Mais la propriétaire refuse de lui délivrer un bail et les loyers sont versés de la main à la main.

Même pas de lavabo dans la chambre

Depuis, pour Leïla, le quotidien, c’est la débrouille. Elle se fait la cuisine grâce à une petite plaque électrique. «Et comme je n’ai pas de frigo, j’essaye de tout consommer le jour même. Mais l’hiver, je peux conserver les yaourts et le lait au frais en accrochant un sac plastique à ma fenêtre», raconte-t-elle. Rester propre constitue aussi un combat de chaque jour, car il n’y a même pas de lavabo dans la chambre et les toilettes sur le palier, sont partagées par plusieurs locataires. «Pour prendre une douche, je suis obligée d’aller chez des amis ou au hammam», précise Leïla.

Difficile aussi de se mouvoir dans ce petit espace, chaque centimètre étant occupé, les sacs étant empilés les uns sur les autres. Les murs étant pétris de moisissures, Leïla est obligée de refaire la peinture tous les quatre mois. Et pour se chauffer, un radiateur à bain d’huile fait l’affaire. «Je suis quand même obligée de calfeutrer la fenêtre en hiver avec des sacs plastiques, car l’air passe», précise-t-elle. Lorsqu’il pleut, des gouttes d’eau suintent du mur. Des puces ont aussi fait leur apparition.

«J’ai trop honte»

Ces conditions de vie rudes ont des répercussions sur la santé de Leila: «Je suis asthmatique depuis 4 ans et j’ai de l’arthrose. J’ai aussi mal aux genoux à force de monter les six étages de l’immeuble». Son moral a aussi trinqué: «Certains soirs, je pleure et je me dis que je n’ai pas de chance dans la vie. D’autant qu’en ce moment, je n’ai pas de travail malgré le titre d’assistante de vie que j’ai décroché. Mais j’évite de parler de ma situation à  mes amis ou à ma famille, car j’ai trop honte. D’ailleurs, une fois, ma sœur m’a rendu visite et elle a vite tourné les talons quand elle a vu où je vivais», confie-t-elle.

Pour sortir de ce marasme, Leïla n’est pourtant pas restée inactive. Elle a fait appel à une assistance sociale et à l’Espace solidarité habitat de la Fondation Abbé Pierre. «J’ai été reconnue prioritaire Dalo en janvier 2013. Et Ils m’ont aussi beaucoup soutenue lorsque j’ai reçu une lettre me signalant que j’allais être expulsée de ma chambre». Heureusement, Leïla ne devrait pas voir l’huissier arriver chez elle. Elle vient de recevoir une proposition de logement social dans le 11 eme arrondissement. «Le loyer est de 336 euros et je touche 448 euros de RSA, il va donc falloir que je trouve un travail rapidement», s’inquiète-t-elle. Avant de se prendre à rêver: «Je vais enfin avoir une douche et des toilettes à moi».

* Le prénom a été changé.