Les Français massivement favorables à un service civique obligatoire

EXCLUSIF C'est ce que révèle un sondage exclusif YouGov pour «20 Minutes»...

Delphine Bancaud

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Paris le 27 juin 2012. . Rassemblement sur le champ de Mars d'un millier de jeunes effectuant leur service civique volontaire. partout en France. Batucada geante.
Paris le 27 juin 2012. . Rassemblement sur le champ de Mars d'un millier de jeunes effectuant leur service civique volontaire. partout en France. Batucada geante. — A. GELEBART / 20 MINUTES

S’engager pour une mission d’intérêt général dans le cadre du service civique serait le meilleur moyen d’aider les jeunes à devenir des citoyens accomplis. Depuis les attentats de janvier, cette idée se diffuse dans l’opinion publique. Selon un sondage* YouGov pour 20 minutes, 73,8 % des Français interrogés plébiscitent l’idée d’un service civique obligatoire contre 65% en mai dernier.

François Hollande a d'ailleurs récemment annoncé que «tous les volontaires», soit «entre 150.000 et 170.000 par an», pourraient faire leur service civique à l'horizon 2017, alors que son objectif était jusqu'à présent de 100.000. Lui emboîtant le pas des députés socialistes veulent déposer une proposition de loi pour «créer un service national républicain» d’une durée de six mois, qui serait une sorte de service civique, sans pour autant être forcément rémunéré.

Un obstacle financier

Si elle paraît séduisante à première vue, l’idée de la généralisation du service civique fait débat. Tout d’abord parce que sa réalisation semble quelque peu «utopiste», en raison du manque de moyens dont souffre déjà le dispositif selon François Chérèque, président de l'Agence du service civique. «J'ai pu satisfaire l'an dernier 35.000 demandes sur 120.000 dossiers et je les paye 573 euros par mois. Les députés socialistes voudraient que l'on en prenne 600.000 du jour au lendemain!», s’est-il exclamé ce jeudi sur France Inter.


F. Chérèque : "Un service civique obligatoire... par franceinter

Selon lui, accueillir 170.000 jeunes en service civique nécessiterait de porter le budget annuel du dispositif de 170 millions d’euros à 600 millions. Et le généraliser coûterait carrément 3 milliards d’euros. Difficile d’imaginer donc la faisabilité d’un service civique obligatoire indemnisé. La seule solution pour sa généralisation serait donc qu’il soit bénévole. Une hypothèse qui ne semble pas non plus jouable, compte tenu de la proportion de jeunes qui ont besoin de travailler parce que leurs parents ne peuvent financer leurs études.

Le caractère punitif souligné

Mais les obstacles à une généralisation du service civique ne sont pas que financiers, mais aussi idéologiques. François Chérèque s’est ainsi élevé contre «un service civique obligatoire de six mois non indemnisé, avec 15 jours en caserne, en uniforme, et si vous le faites pas vous avez 15.000 euros d'amende et de la prison», jugeant le projet des députés socialistes «punitif».  L’Unef s’est aussi déclaré opposée à un service national républicain «obligatoire, non indemnisé, sanctionné par une amende de 15.000 euros en cas de refus, traduisant une vision punitive de la République et un profond mépris pour les jeunes.» De son côté, la FAGE s'oppose à cette proposition «qui s’apparente plus à de la stigmatisation et à une punition collective de la jeunesse qu’à une volonté d’oeuvrer au développement du sens citoyen».Et si le projet des députés socialistes était finalement débattu au Parlement, François Chérèque prévoit même qu’on aurait un mouvement de la jeunesse type CPE».

Un argument qui a de quoi inciter l'exécutif à la prudence. Alors que RTL révélait ce jeudi matin que François Hollande songerait à demander aux Français d'approuver ou pas par référendum l’idée d’un service civique obligatoire pour tous les jeunes en France, l'Elysée s'est empressé de démentir l'information dans la foulée auprès du Figaro.

 

*Sondage réalisé entre le 23 et le 27 janvier 2015 sur 1021 personnes représentatives de la population nationale française âgée  de 18 ans et plus. Le sondage a été effectué en ligne, selon la méthode des quotas. Rejoignez le panel YouGov.