RER A: «Il n’y aura pas de reprise du travail aujourd’hui»

TRANSPORTS Pour Thierry Babec, secrétaire général de l'UNSA-RATP, syndicat majoritaire sur la ligne A, après l'agression d'un conducteur, «on ne peut pas faire comme si rien ne s’était passé»....

Propos recueillis par Thibaut Le Gal

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Illustration du RER A.
Illustration du RER A. — V. WARTNER / 20 MINUTES

Le trafic était totalement interrompu jeudi matin sur la ligne A du RER, qui traverse l'Ile-de-France d'est en ouest. Les conducteurs ont décidé d'un «arrêt de travail spontané», suite à la violente agression d'un contrôleur mercredi soir à Torcy (Seine-et-Marne). 20 Minutes a interrogé Thierry Babec, secrétaire général de l'UNSA-RATP, syndicat majoritaire sur la ligne A.

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Comment expliquer cet «arrêt de travail spontané»?

C’est au départ un mouvement «affectif». Les conducteurs ont vu leur collègue être agressé pour aucun motif, de manière totalement gratuite. Leur premier réflexe a été de ne pas reprendre le travail par solidarité. Les agents ne sont pas des machines et on ne peut pas faire comme si rien ne s’était passé. Une fois l’émotion passée, le travail reprendra. Le problème, c’est que cette agression catalyse un malaise qui persiste depuis plusieurs mois sur la ligne.

Un malaise?

Le RER A est une ligne extrêmement difficile pour les agents et pour les personnes qui l’empruntent. La ligne est en surcapacité de voyageurs. Elle est calibrée pour contenir entre 500 et 700.000 voyageurs. Or tous les jours, on est à plus d’1 million avec parfois des pics d'1.2 million personnes. Forcément, dès que vous avez un grain de sable, cette surcapacité fait que la ligne est en rade pendant plusieurs heures. Mais malgré tout, elle fonctionne tous les jours, ce qui est une forme d’exploit.

A cela, s’ajoute une grosse problématique managériale. L’entreprise est sous pression pour obtenir la régularité du contrat Stif (Syndicat des transports d'Île-de-France). Elle doit remplir des objectifs de productions, des kilomètres à parcourir, etc. Sinon, vous avez des pénalités. Quand on ne remplit pas objectifs demandés par les politiques, on se tourne vers les agents de terrain. Ce besoin de résultats crée un état de stress, et met la pression sur les conducteurs au quotidien pour respecter les horaires, les intervalles. Ces cadences les poussent par exemple à passer moins de temps en gare. Or quand il y a foule, il faut du temps pour fermer les portes pour que tout le monde puisse entrer dans les wagons. Hier soir, une personne s'est fait coincer dans la porte. Les agents ont fait le lien.

Le mouvement peut-il durer?

On demande simplement la fin de cette pression managériale et la suppression des postes dans les gares qui les déshumanise. Mais la réunion entre les délégués syndicaux et la direction s'est terminée sur un constat d'échec. Pour marquer le coup et exprimer le ras-le-bol des conducteurs, il n’y aura pas de reprise du travail des conducteurs aujourd’hui sur la ligne A. L'entreprise a fait savoir que des cadres allait les remplacer. Nous réfléchissons aux suites à donner au mouvement...

Ce ras-le-bol est rarement bien perçu dans l’opinion…

Les trains sont déjà pleins comme des œufs. Depuis les attentats à Paris, on est plus attentifs en termes de sécurité. Le moindre sac plastique isolé devient suspect et entraîne des retards. Il est facile de faire des agents de terrain les responsables des échecs constatés sur la ligne. Le conducteur est le bouc émissaire car c’est la personne qui fait le tampon entre les voyageurs et l’entreprise.