Propos sur Patrick Cohen: Accusé d’antisémitisme, Dieudonné invoque le droit à l’humour

JUSTICE Le polémiste est poursuivi pour des attaques, notamment à l’encontre du journaliste...

N.Beu.

— 

Dieudonné, à son arrivée au tribunal correctionnel de Paris, le 28 janvier 2015.
Dieudonné, à son arrivée au tribunal correctionnel de Paris, le 28 janvier 2015. — STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Un humoriste, pas un antisémite. Poursuivi pour des propos à l’encontre du journaliste Patrick Cohen dans son spectacle «Le Mur», Dieudonné n’a pas changé d’un iota sa ligne de défense habituelle, mercredi, devant le tribunal correctionnel de Paris.

Longue de plus de trois heures, l’audience a parfois pris des détours, virant même parfois à la dissertation: peut-on rire de tout? Surfant sur les événements récents, Dieudonné n’a d’ailleurs pas hésité à citer à plusieurs reprises Charlie Hebdo, pour lequel il dit avoir marché le 11 janvier et qu’il a rappelé avoir défendu en 2006 au moment de la polémique sur les caricatures de Mahomet. Pas un mot en revanche sur l’affaire «Charlie Coulibaly», pour laquelle il est convoqué le 4 février devant ce même tribunal correctionnel de Paris.

Une réponse à une provocation?

A plusieurs reprises, Dieudonné s’est également réfugié derrière le droit à l’humour pour se défendre des accusations d’injures raciales et d’incitation à la haine raciale dont il fait l’objet. «Je ne suis pas antisémite et le racisme ne fait rire personne, a-t-il martelé. Moi, mon métier, c’est de faire rire.» Par ailleurs, explique-t-il, pour se dédouaner de toute provocation, «les gens ont ri et ne sont pas sortis du spectacle avec l’intention de tirer sur qui que ce soit».

Sur l’origine du sketch dans lequel il associait Patrick Cohen aux chambres à gaz -«Quand je l’entends parler, je me dis, tu vois, les chambres à gaz… Dommage»- Dieudonné a plaidé la réponse à une provocation qu’il juge elle-même «raciste». «Lorsqu’il parle de “cerveau malade” [sur France 5], c’est une référence au vieux poncif sur l’homme noir qui serait moins intelligent», assure l’ancien comparse d’Elie Semoun, en dépit du fait que Patrick Cohen évoque également les noms d’Alain Soral, Tarik Ramadan et Marc-Edouard Nabe dans sa liste des «cerveaux malades». «J’ai simplement répondu par l’humour», insiste-t-il.

Trente mille euros d'amende requis

Victime, Dieudonné explique aussi l’être d’un acharnement de Manuel Valls, du ministère public ou encore des associations antiracistes. «Ce sont des gens qui sont la liberté d’expression», avance le polémiste. Avant d’enfoncer le clou à l’encontre des trois associations, dont la Licra, qui se sont portées partie civile: «Pour certains, je suis plus utile comme antisémite hystérique.»

«Il faut jouer avec le chantage à l’antisémitisme», renchérit le polémiste, alors que la juge l’interroge sur une autre phrase prononcée lors de son spectacle –«Je n'ai pas à prendre parti entre les juifs et les nazis. Je n'étais pas né, je ne sais pas qui a provoqué qui, qui a volé qui... Mais j'ai ma petite idée». Puis l’explication se fait empruntée au sujet de sa chanson «Shoah nanas». A la juge qui lui fait remarquer que ce premier terme désigne le génocide juif durant la Seconde Guerre mondiale, Dieudonné répond, l’air candide: «Je ne l’ai pas écrite comme ça. Pour moi, Shoah est un terme générique pour désigner tous les crimes contre l’humanité: la Shoah des Noirs, la Shoah des Tutsis…»

Un raisonnement qui n’a pas convaincu le ministère public. Alors que l’avocat de Dieudonné, Me Sanjay Mirabeau, réclame la relaxe pour son client, la procureure a requis pour sa part 300 jours amende à 100 euros, soit au total 30.000 euros. Dieudonné encourt au maximum un an de prison et 45.000 euros d’amende. Le tribunal rendra sa décision le 19 mars.