La radicalisation islamiste replace la question sociale au centre du débat

SOCIETE Plus de 80% des Français pensent que «permettre aux Français défavorisés d'accéder plus facilement à l'emploi» serait un autre moyen de lutter efficacement contre la radicalisation...

Thibaut Le Gal

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Capitole de Toulouse, illustration.
Capitole de Toulouse, illustration. — Alexandre GELEBART/REA/20 Minutes

Il y a les annonces qui claquent. Postes et moyens supplémentaires pour les services de sécurité, meilleur contrôle sur Internet, isolement des détenus les plus radicaux... Manuel Valls présentait récemment ses mesures pour lutter contre le terrorisme, deux semaines après les attaques de Paris. Mais les Français semblent aussi s’interroger sur les racines sociales à l'origine de ces radicalisations.

Selon un sondage exclusif YouGov pour 20 Minutes*, 85.1% estiment que «redonner du pouvoir d’achat à l’ensemble de la population française» serait une bonne solution «pour lutter contre la radicalisation islamiste et répondre aux défis du vivre ensemble». 80.6% des sondés pensent que «permettre aux Français défavorisés d'accéder plus facilement à l'emploi» serait un autre moyen de lutter efficacement. Des solutions d'ordre économiques qui devancent celles d’un enseignement de la laïcité à l’école primaire (77.3%) et d’un service civique obligatoire (73.8%).

«On redécouvre les cités»

Cette résurgence de la question sociale s'exprime aussi dans le discours politique. Avec son «apartheid territorial, social, ethnique» des quartiers populaires, Manuel Valls a voulu tirer un constat lucide sur la réalité des banlieues. «Après s’être focalisé sur la "pauvre France périphérique", on redécouvre les cités», s’agace Louis Maurin. «Ces territoires, on les a laissés tomber. Aucun sociologue ne prétend que le social explique tout. Mais si des réseaux intégristes se sont construits, ils ont été alimentés par le chômage de masse et la pauvreté», poursuit le directeur de l'Observatoire des inégalités.

Le dernier rapport de l'Observatoire national des zones urbaines sensibles (Onzus) souligne les difficultés sociales de ces quartiers (pauvreté trois fois plus élevée, illettrisme quatre fois plus important, chômage à 24%...) Le ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports Patrick Kanner a d'ailleurs promis mardi un «plan d'action» afin de «casser les ghettos» et «lutter contre les inégalités». «Il faut apporter des réponses à des besoins concrets: emplois, rénovation de services publics, transports, éducation, sécurité...», espère Louis Maurin.

Le facteur social, «pas le plus pertinent»

Faut-il pour autant faire un lien entre misère sociale et radicalisation? «Le facteur social peut être aggravant ou démultiplicateur, mais il n’est pas le plus pertinent pour expliquer les basculements dans la violence», considère Samir Amghar. «Les profils sociologiques des jeunes partis en Syrie sont d’ailleurs très variés, issus des classes populaires comme des classes moyennes», poursuit le sociologue de l’université Libre de Bruxelles, auteur de Le salafisme d'aujourd'hui (Michalon). 

«Quand Amedy Coulibaly dit "Vous avez dévoilé nos femmes", il évoque une discrimination à l’égard des musulmans. Son discours, comme celui des Kouachi est idéologique. A aucun moment il n'y a une revendication sociale», souligne Samir Amghar. La question de l’enracinement est pour lui plus pertinente. «Si vous n’avez pas d’ancrage dans le réel, famille ou emplois, vous avez moins de choses à perdre, et donc plus de chances de tomber dans la radicalisation».

Le sociologue évoque surtout l’exclusion politique de ces jeunes, «qui ne trouvent pas de structures pour exprimer leur malaise», et la «criminalisation et la judiciarisation à l’excès» qui peuvent favoriser leur marginalisation.

L'enquête a été réalisée sur 1.021 personnes représentatives de la population nationale française âgée de 18 ans et plus. Le sondage a été effectué en ligne sur le panel propriétaire YouGov France, entre le 23 et le 27 janvier 2015, selon la méthode des quotas. Rejoignez le panel YouGov.