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VOYAGESTourisme: Baroudeurs de l’extrême

Tourisme: Baroudeurs de l’extrême

VOYAGES
Leurs envies d’ailleurs sont un peu différentes de celles du commun des voyageurs. Ils préfèrent les plages désertes de l’île de Socotra au Yemen à celles du Mexique, les treks en Afghanistan à ceux du Népal, les avenues nord-coréennes à la skyline de Hong-Kong…
Dans la vallée du Panshir,en Afghanistan.
Dans la vallée du Panshir,en Afghanistan. - Lukasz
Maud Pierron

Maud Pierron

«Quand tu sors seul de l’aéroport de Kaboul pour retrouver ton contact dans une ruelle à côté, tu as la goutte de sueur qui tombe, la boule au ventre…» Afghanistan déjà deux fois, comme le Yemen, Corée du Nord à trois reprises, Iran, Pakistan, et bientôt la Somalie: Lukasz assume chercher «l’adrénaline» et «l’excitation» dans le choix de ses destinations de vacances. Puis la «curiosité» de «voir la réalité», forcément différente de celle relayée par les médias. «Quand on pense Yemen on pense Aqpa, alors que c’est un pays fabuleux», insiste-t-il.

Escorte armée

Mais avant les vacances, il y a «des mois» de préparation pour dénicher les rares informations, trouver des contacts sur place. Car ce cadre d'une multinationale n’a rien d’une tête (totalement) brûlée. En Afghanistan, il avait un chauffeur, un garde armé, une deuxième voiture, au cas où. En Somalie, il a déjà prévu une escorte armée. «Ça a un coût: la Somalie, c’est au moins 500 dollars par jour.» Pour sa deuxième fois en Afghanistan, pour découvrir le sport local, le bouzkachi, il a passé depuis le Tadjikistan la frontière à pieds, seul, habillé en local. Pas de garde à l'arrivée mais un chauffeur et ce seul principe: «ne surtout faire confiance à personne». De toute manière, «il y a toujours une prise de risque dans ces pays», lâche-t-il fataliste.

>> Lire ici le papier sur les recours en cas de problèmes dans les pays à risque

Passionné par la Corne de l’Afrique, Alexis a profité d’un voyage en Ethiopie pour décrocher une semaine en Somaliland, République autonome autoproclamée du nord de la Somalie, considérée comme plutôt sûre par rapport au reste du pays, réelle «no-go zone» pour les Occidentaux. Même si son gouvernement impose une garde armée. Ce qu’Alexis a pris, Kalachnikov comprise. «En toute sincérité ce n'est pas lui qui m'aurait sauvé en cas de problème, il a passé son temps à mâcher du Qat, boire du thé et à réclamer son solde», relève-t-il.

«Expérience surréaliste»

Clément, lui, a tâté de la destination moins «extrême» mais assez peu recommandée: le Kurdistan irakien, visité en 2010 et 2013. «En stop et en dormant chez l’habitant mais c’était avant l’offensive de Daesh», précise-t-il. Au programme des treks, mais surtout les échanges avec les locaux. «L’hospitalité des gens est incroyable. J’ai eu un choc culturel immense». Iran, Kurdistan irakien, Papouasie-Nouvelle Guinée, à 25 ans, cet étudiant revendique son goût du voyage «autrement». «Peu de gens visitent le Kurdistan, les habitants ne sont donc pas "pervertis" par le tourisme. A cela se mêle un sentiment d'aventure et de découverte», explique-t-il, préférant garder «les voyages plus faciles pour quand je serai plus vieux».

Une autre option pour s'assurer un dépaysement intégral sans risquer pour sa sécurité est la Corée du Nord, pays le plus fermé du monde. Florence y est allée, «sans motivation idéologique», car elle aime «sortir de [s]a zone de confort». Un voyage qui a été aussi simple à organiser qu’«une semaine de farniente aux Maldives» puisque tout est rigoureusement encadré et qui reste «l'une des expériences les plus surréalistes» qu'elle a vécues. Très différente de ce qu'elle imaginait: «Pyongyang était animée, de nombreuses voitures y circulaient, et les gens "paraissaient" heureux. Sur le moment, j’ai vraiment été surprise. J’imaginais un peuple fermé», raconte-t-il. Puis de retour en Suisse, elle s'est interrogée: «Tous ces sourires n’étaient-ils pas faux? Leur a-t-on appris à faire de grands signes aux touristes? Je n’ai pas la réponse, et cela me travaille encore…» Mais elle n'a aucun regret, au contraire, car elle estime que le tourisme peut être une des «clés» pour ouvrir la «forteresse» nord-coréenne.

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