Contre-propagande #StopDjihadiste: «Un début de reconquête» qui doit aller plus loin

TERRORISME Asiem El Difraoui, spécialiste de la propagande djihadiste, dresse un bilan mi-figue mi-raisin de l’initiative gouvernementale…

William Molinié

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Capture d'écran du site Stop-djihadisme.gouv.fr.
Capture d'écran du site Stop-djihadisme.gouv.fr. — 20 Minutes

Les conflits précédents nécessitaient l’envoi de tracts par les airs. Aujourd’hui, c’est sur Internet qu’opère la guerre psychologique de propagande. Le lancement du site internet «stop-djihadisme.gouv.fr» est la première réponse, d’inspiration anglo-saxonne, à la diffusion de la radicalisation djihadiste sur Internet. Il est le fruit de plusieurs mois de réflexion de spécialistes au sommet de l’Etat pour savoir comment répondre virtuellement à cette menace bien réelle.

«C’est une bonne initiative. Heureusement, ce gouvernement a décidé d’agir et d’occuper l’espace sur internet, contrairement à celui de Sarkozy», commente le politologue Asiem El Difraoui et auteur d’ouvrages de référence sur la propagande djihadiste*.

Initiatives limitées

Malgré tout, faut-il en attendre réellement des conversions en cascade? «Nous savons que les initiatives gouvernementales ont une portée limitée car elles n’atteignent pas certains groupes cibles qui ne se reconnaissent pas dans les initiatives étatiques», poursuit le spécialiste qui reconnaît toutefois «un début de reconquête».

Si les candidats au djihad ne seront sans doute pas remis dans le droit chemin avec une vidéo et un site internet, aussi choc soient-ils, les familles, elles, pourront trouver un appui. D’autant plus que les proches sont la plupart du temps les premiers auprès desquels les jeunes exercent leur nouvel argumentaire radical.

«L’humour est une arme intéressante»

Mais, selon, le chercheur, les gouvernements doivent aller plus loin. «Lorsque les jeunes cherchent sur Internet un concept de base, il faudrait que les sites prônant des idées salafistes, voire djihadistes, apparaissent en dernier.» Et à l’inverse, Google et les autres moteurs de recherche devraient faire remonter en priorité les sites de contre-propagande.

«L’approche doit être multiple. Les Allemands, par exemple, ont fait des BD. L’humour, aussi, est une arme intéressante», ajoute Asiem El Difraoui qui préconise aussi «la mise en avant de repentis qui puissent parler aux jeunes et auxquels la jeunesse européenne puisse s’identifier». Outre les associations musulmanes, «il faut aussi que les acteurs de la société civile agissent sur le net».

* Carnets d'Egyptiens et Al-Qaida par l'image ou la prophétie du martyre aux éditions PUF.