Extrait d'une affiche gagnante du concours «Mobilisons-nous contre le harcèlement»
Extrait d'une affiche gagnante du concours «Mobilisons-nous contre le harcèlement» — Ecole élémentaire Dupouy– académie de Toulouse

VOUS TÉMOIGNEZ

Harcèlement scolaire: «Pendant cinq ans, j'avais un élève dans le collimateur»

Julien, 26 ans, a pris conscience 10 ans après les faits, d'avoir harcelé un camarade...

«À ce moment-là, bien sûr, je ne savais pas que c'était mal. Parce que tout le monde le faisait, parce qu'on riait, ça ne pouvait pas être grave.» Julien, 26 ans, a du mal à se voir en coupable. Le mot «harcèlement», il ne l'a d'ailleurs posé que ce mardi, en découvrant le destin tragique de Marion, 13 ans, qui a mis fin à ses jours après des semaines de brimades. Pour Julien, ça a duré des années. La victime, un jeune homme de son âge, il la connaît depuis le collège. L'a croisée jusqu'au lycée, la voyait en dehors des cours. «C'était un bon copain», lâche-t-il même. Mais voilà, il était un peu plus timide que les autres, sans «trop de répondant». «C'était lui parce que c'était facile», bredouille Julien, incapable de formaliser précisément l'élément déclencheur. «Pendant cinq ans, je l'ai eu dans le collimateur.»

>> Découvrez l'histoire de Marion, 13 ans, morte après avoir été détruite à petit feu par ses harceleurs

Quand le harcèlement pousse les adolescents au suicide. L'histoire de Marion et d'autres jeunes du monde entier, dans la vidéo ci-dessous

«Ils regardaient Des Chiffres et Des Lettres, on devait trouver ça ringard»

«Cacher le cartable à la récré, mettre une petite gifle devant tout le monde, se moquer ouvertement, égrène Julien, lancer un caillou qui atterrit malencontreusement sur sa tête». Les attaques s'enchaînent pendant plus de cinq ans. Et se ritualisent. Chaque mercredi après-midi, Julien et deux autres amis s'arrangent pour être invités chez leur «camarade», qui habite à côté du lycée. Lancent blague sur blague face à toute la famille. «Ils regardaient Des Chiffres et Des Lettres, on devait trouver ça ringard». 

Jusqu'au jour où, alors que les autres ont quitté l'appartement, il surprend la mère du jeune homme, en larmes dans le salon. «J'ai compris qu'on était allés trop loin et j'ai eu honte.» Julien réussit à convaincre ses amis de venir s'excuser. Les trois s'exécutent plus ou moins, faisant face à une femme «qui aurait pu être ma mère». «Elle nous a fait comprendre qu'elle savait qu'on les prenait pour des imbéciles». Les souvenirs flous, Julien peine à retrouver les mots exacts. «Je ne sais plus vraiment si je me suis excusé dans les formes». Il assure juste qu'à partir de ce jour, tout s'est arrêté. 

>> TÉMOIGNEZ - Le jour où vous avez découvert que vous étiez harceleur

>> Grandir après avoir été harcelé: «Quarante ans plus tard, je ne supporte plus l'odeur des écoles»

«J'aimerais bien savoir s'il en souffre encore»

Près de 10 ans plus tard, Julien habite à plusieurs centaines de kilomètres du lieu où se sont déroulés des faits. Depuis Toulouse, il suit de loin la nouvelle vie de son ancienne victime. Leurs parents respectifs sont encore en contact. «Je sais qu'il s'en sort bien». Julien, lui, n'oublie pas. «Ça fait quelques années que je me dis que j'ai mal agi». Mardi, en se reconnaissant dans les accusations de Marion, il a fait la démarche de témoigner, de se fondre, pour la première fois, dans la peau du harceleur. Mettant noir sur blanc sa «honte», comme premier pas de sa tardive prise de conscience. D'une voix timide, il se risque: «J'aimerais bien le revoir pour savoir s'il en souffre encore. Si je retourne chez mes parents, j'y penserai.» Le second pas, peut-être.