Commémoration: La profusion sur internet de documents négationnistes compliquent l'enseignement de la Shoah

EDUCATION La ministre de l'Education et des enseignants pointent la difficulté d'enseigner le génocide à l'heure d'internet...

20 Minutes avec AFP

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Najat Vallaud-Belkacem le 22 janvier 2015 annonce son plan pour renforcer les valeurs de la République à l'école.
Najat Vallaud-Belkacem le 22 janvier 2015 annonce son plan pour renforcer les valeurs de la République à l'école. — AFP/ ERIC FEFERBERG

La disparition progressive des témoins de la Shoah comme la profusion sur internet de documents négationnistes ou complotistes compliquent l'enseignement de ce génocide au collège et au lycée. «Il y a peut-être eu une époque où il suffisait» de transmettre aux élèves un savoir «pour qu'ils l'absorbent», «ce n'est plus le cas. Nous vivons dans une société où tout est contesté», a constaté la ministre de l'Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem.

>> «Enseigner la Shoah est souvent un exercice délicat»

Si l'enseignement «n'entraîne pas chez l'élève de réflexion profonde sur le bien, le mal, l'humanité, ce qu'il ne faut pas reproduire, malheureusement, nous aurons échoué», a-t-elle ajouté lors de la présentation d'outils multimédia pour aider les enseignants, lancés mardi à l'occasion du 70e anniversaire de la libération d'Auschwitz et accessibles sur www.reseau-canope.fr/les-2-albums-auschwitz. L'école française remplit sa mission d'enseignement de la Shoah, mais après les attentats parisiens, il faut selon la ministre «assumer cette responsabilité avec encore plus de détermination».

>> Retrouvez le live des commémoration des 70 ans de la liberation d'Auschwitz

Un rapport dénonçait en 2004 des propos négationnistes

«Il ne faut pas oublier qu'en France, à Toulouse, des enfants juifs ont été tués parce qu'ils étaient juifs», a souligné le chasseur de nazis et historien Serge Klarsfeld, en référence aux victimes du djihadiste Mohamed Merah. «Les enseignants doivent connaître une histoire précise, ils ne doivent pas simplement lire des choses superficielles, ils doivent avoir des instruments de référence entre les mains».

En 2004, un rapport de l'Education nationale sur les signes religieux à l'école alertait déjà sur des contestations en cours d'histoire, signalant des propos négationnistes fréquents lorsqu'on abordait le génocide des Juifs. Des professeurs aguerris avaient su s'adapter, en recourant par exemple aux témoignages plutôt qu'à des images violentes qui laissaient indifférents, mais des jeunes professeurs avaient réagi par l'autocensure, relevait le «rapport Obin».

Le premier réflexe des élèves est de chercher sur internet

Pour Alexandre Bande, professeur d'histoire-géographie au lycée parisien Janson-de-Sailly, qui a participé au webdocumentaire «Les deux albums d'Auschwitz», il faut être capable de dire aux élèves quand on aborde la Shoah, que «c'est le moment de l'année où on parle de ça. Gaza, les Arméniens ou le Rwanda, c'est un autre moment». Face à certains élèves qui peuvent mettre sur le même plan Shoah et conflit à Gaza, «on rappelle à l'élève qu'il y a génocide d'un côté, que les crimes de masse, les crimes de guerre ou les massacres entre les civils, c'est encore autre chose», explique-t-il.

Aujourd'hui, «il y a une difficulté pédagogique générale», le premier réflexe des élèves est de chercher sur internet, «ils n'ont pas le second réflexe, aller voir dans des livres des informations plus précises», relève Alban Perrin, formateur au Mémorial de la Shoah, chargé d'un cours sur les génocides du XXe siècle à l'IEP de Bordeaux. «Si on rentre "Auschwitz" sur Google, on peut trouver des informations très détaillées d'historiens sur le camp, mais aussi des sites négationnistes expliquant avec des pseudo-preuves qu'il ne s'est rien passé à Auschwitz».

«Les voix des témoins s'éteignent»

Plus que l'absence de connaissance, c'est bien la diffusion des théories du complot qui inquiète l'historienne Annette Wieviorka: «Les manipulations, ça a toujours existé, mais là, avec internet, les réseaux sociaux... chacun peut se faire sa petite propagande, son petit montage d'images tout seul». Pour la ministre de l'Education, la responsabilité envers les victimes de la Shoah augmente aussi au fur et à mesure que «les voix des témoins s'éteignent».