Opération anti-terroriste: Lunel, nid de djihadistes?

FAITS DIVERS Avec une vingtaine de départs pour 26.000 habitants, la ville est davantage concernée que la moyenne française…

William Molinié

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Le bar, ouvert par Karim, l'un des jeunes originaires de Lunel, partis faire la djihad.
Le bar, ouvert par Karim, l'un des jeunes originaires de Lunel, partis faire la djihad. — Nicolas Bonzom / Maxele Presse / 20 Minutes

Ce mardi matin, une nouvelle opération anti-djihadiste a secoué Lunel, ville située à 30 km à l’est de Montpellier (Hérault). C’est encore dans cette commune de 26.000 habitants que le Raid est intervenu pour interpeller cinq personnes. Deux d’entre elles sont soupçonnées d’être parties en Syrie. Les trois autres, d’être candidates au djihad.

En tout, dans cette ville ce sont une vingtaine d’habitants âgés de 18 à 30 ans qui seraient partis pour la Syrie depuis octobre 2014. Selon les autorités françaises, six d’entre deux y ont trouvé la mort.

42 fois plus de djihadistes à Lunel qu’en France

Vingt sur 26.000 habitants… A Lunel, 1,66% de la population est impliquée dans des filières djihadistes. Quand la moyenne nationale s’élève à 0,039% (1.200 sur les 66 millions de Français). C’est 42 fois plus.

La question est posée. Et depuis plusieurs mois. Y a-t-il un problème à Lunel? En décembre dernier, lors de l’annonce de deux nouveaux Lunellois décédés en Syrie, la mairie s’est contentée de publier un communiqué laconique. «Les Lunellois vivent à juste titre comme un profond sentiment d'injustice le fait que leur ville soit ainsi stigmatisée. Je veux le dire à nouveau avec force: Lunel est une ville agréable à vivre dans laquelle la cohésion et la tranquillité sociale sont une réalité concrète, au quotidien, sur l'ensemble de la commune», écrivait alors Claude Arnaud (Divers droite).

«Peur que l’on pointe du doigt»

Préfecture, mairie et institutions religieuses se renvoient la balle, notait dans un article daté du 13 décembre Le Monde. «On a l’impression que le maire est dans l’attente d’une intervention de l’Etat alors que la solution à ces problèmes se trouvera dans la cogestion, expliquait dans les colonnes du quotidien une source à la préfecture. Une enquête judiciaire est en cours, mais la prévention, c’est à la mairie de la mettre en pratique.»

Un conseiller municipal d’opposition (PS) a tenté de lever le silence. «Quand on a appris les premières morts en octobre, il y a eu un silence de la part de la mairie et des institutions religieuses, parce que des deux côtés ils ont eu peur d’être stigmatisés. Peur que l’on pointe du doigt Lunel comme une ville de djihadistes et peur que l’on fasse l’amalgame avec la communauté musulmane», réagissait-il.

Pas de condamnation des institutions religieuses

Poussées par le politique, les institutions religieuses sont sorties de leur mutisme. «La mosquée n'a rien à voir avec tous ces départs. Ce sont des départs individuels. Ils n'ont jamais contacté l'imam ou la mosquée. Les musulmans qui viennent à la mosquée sont des Lunellois et il n'y a aucun souci à Lunel. Il y a un problème à 6.000 km d'ici et on ne veut pas le ramener à Lunel», disait mi-décembre à quelques journalistes, dont ceux de Midi Libre, Lahoucine Goumri, le président de l’Union des musulmans de Lunel, qui gère la mosquée El Baraka.

Il refusait néanmoins de condamner les départs de jeunes de Lunel en Syrie: «C'est leur choix. Je n'ai pas à les juger. Seul Dieu les jugera. Si on doit condamner quelque chose, il faut condamner ce qui est condamnable. Pourquoi condamner ces jeunes qui sont partis au nom d'une injustice en Syrie et pas ces Français qui sont partis et ont tué des bébés palestiniens avec Tsahal l'été dernier? Pourquoi est-ce qu'une mosquée condamnerait, alors que les autres religions ne le font pas?»