«On en avait marre de la vie et des profs. Alors, on s’est mis à fumer…»

REPORTAGE «20 Minutes» a passé une après-midi dans une Consultation jeunes consommateurs qui permet aux jeunes de prendre conscience des dangers de leurs addictions (drogue, alcool, jeux vidéo)…

Vincent Vantighem

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Campagne «Consultations Jeunes Consommateur»
Campagne «Consultations Jeunes Consommateur» — Capture d'écran/20Minutes

«Moi, je trouve que je ne fume pas assez!» La consultation a débuté depuis un bon quart d’heure. Léa*, 16 ans, trouve enfin le moyen de s’adresser à sa mère autrement que par de longs silences et des «J’sais pas…» provocants. Accroc au cannabis, l’adolescente est suivie depuis plus de deux ans par Olivier Phan, psychiatre à la Consultation jeunes consommateurs (CJC) de la rue Pierre Nicole, dépendant de la Croix Rouge française (Paris, 5e).

>> Les faits: Des consultations gratuites pour les jeunes «addicts»

Mises en place il y a quelques années, ces structures font l’objet d’une grande campagne de communication depuis début janvier. «Il y en a 400 en France, précise le psychiatre. Elles sont anonymes et gratuites. Mais bien souvent, ce sont les parents qui viennent avec leurs enfants…» Axées autour d’une thérapie familiale, ces consultations permettent aux jeunes de prendre conscience des dangers de leurs addictions (drogue, alcool, jeux vidéo) et à leurs parents de leur venir en aide.

«Je fume seulement de minuit à 7h…»

«Tout commence par la mise en place d’un contrat d’alliance, poursuit Olivier Phan qui suit avec son équipe plus de 300 jeunes patients. Il faut que l’adolescent et ses parents s’accordent sur un problème commun à régler…» Et ce n’est pas toujours la consommation de produits en tant que tel. «Je savais bien qu’elle fumait. Toute sa classe fumait, lâche ainsi la maman de Léa. Mais le cannabis induit la notion de trafic, de deal, de police… C’est ça qui m’inquiète.»

>> Eclairage: Plus on consomme jeune, plus le risque est grand

Arrêtée alors qu’elle fumait un joint sur la plage de Deauville (Calvados) et emmenée au poste toutes sirènes hurlantes, la jeune fille a pu s’en rendre compte. Tout en maltraitant ses ongles parfaitement manucurés, elle revient aux origines du mal. «On en avait marre de la vie, marre des profs. Alors, on s’est mis à fumer.» Le joint quotidien n’a rapidement plus suffi. Les conduites à risques sont apparues. Léa a stoppé les cours. «Cela fait six mois que je ne sors plus, déplore-t-elle. Mais je ne fume plus la journée. Seulement de minuit à sept heures du mat’…»

Le thérapeute joue aussi aux jeux vidéo

Une demi-heure plus tard, c’est Guillaume* qui prend place sur le fauteuil. Seul. Et c’est une grande victoire pour Olivier Phan. «Devenu accroc aux jeux vidéo, il est aussi atteint de phobie sociale. C’est la première fois qu’il parvient à prendre les transports pour venir seul en consultation», se félicite le thérapeute.

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Engoncé dans sa doudoune, l’adolescent n’est pas pour autant sorti d’affaire. «Je n’ai pas trop joué entre lundi et vendredi, attaque-t-il. Juste une quinzaine d’heures…» Rien comparé aux 120 jours complets qu’il a passés devant l’écran en l’espace de trois ans… Pour entrer en contact avec ce type de patients, Olivier Phan joue, d’ailleurs lui aussi, régulièrement.

Installer Candy Crush pour sa mère

Indispensable pour pénétrer leur univers. En l’occurrence, celui de World of Warcraft pour Guillaume. Entre deux questions sur l’équipement de son «lanceur de sorts» et la qualité de la dernière «extension du jeu», le psychiatre arrive exactement où il veut. «Y a-t-il une rencontre dans la vraie vie prévue avec tes coéquipiers?» «Peut-être mi-février», répond l’ado.

La conversation glisse. Guillaume reconnaît que sa mère est un peu larguée. «Elle voudrait que je vois du monde, que je sorte…» «Il faut lui installer Candy Crush, elle va devenir accroc», rigole Olivier Phan. L’adolescent se détend. La consultation porte ses fruits. «Il a demandé à retourner au lycée. Cela fait six mois qu’il n’y a pas mis les pieds, souligne le thérapeute. Ca ne va pas être facile. Mais c’est un vrai pas en avant»

* Les prénoms ont été changés

Encadré: 53% des jeunes de 17 ans boivent régulièrement

Référence en la matière, l’étude Escapad réalisée par l’Office français des drogues et des toxicomanies nous apprend plus sur les consommations des jeunes. A 17 ans, les jeunes sont 42% à avoir expérimenté le cannabis, 42% à avoir consommé du tabac au cours du mois précédent et 53% à avoir bu au mois cinq verres en une occasion au cours du mois précédent.