Redoublement: La France en quête d’alternatives pour lutter contre les difficultés scolaires

EDUCATION En France, le redoublement coûte deux milliards d'euros, dont un milliard au lycée, pour des effets limités, observe le Conseil national d'évaluation du système scolaire…

20 Minutes avec AFP

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Le redoublement, qui a déjà diminué mais reste plus fréquent en France qu'ailleurs, va devenir une décision "exceptionnelle", en accord avec les parents et entraînant un accompagnement spécifique des élèves
Le redoublement, qui a déjà diminué mais reste plus fréquent en France qu'ailleurs, va devenir une décision "exceptionnelle", en accord avec les parents et entraînant un accompagnement spécifique des élèves — Fred Dufour AFP

La France continue de recourir massivement au redoublement, dont les effets sur la réussite scolaire sont limités tandis qu'il peut favoriser le décrochage et détériorer l'estime de soi des élèves, note mardi le Conseil national d'évaluation du système scolaire (Cnesco).

Cette instance créée en 2013 auprès du ministre de l'Education nationale organise mardi et mercredi à Paris une conférence sur le thème «lutter contre les difficultés scolaires: le redoublement et ses alternatives». Un jury composé d'acteurs de terrain remettra le 4 février ses recommandations qui seront diffusées dans la communauté éducative.

La France, 5e pays de l’OCDE qui fait le plus redoubler

La France est le cinquième pays de l'OCDE qui fait le plus redoubler ses élèves: 28% des élèves de 15 ans déclarent avoir déjà redoublé au moins une fois. Avec des disparités: 82% d'élèves sont en retard en CAP, 57% en seconde professionnelle et 20% en seconde générale et technologique.

Le redoublement coûte deux milliards d'euros, dont un milliard au lycée, a relevé devant la presse la présidente du Cnesco, la sociologue Nathalie Mons, citant des chiffres de l'Institut des politiques publiques.

Le nombre de redoublements a régressé lors de la dernière décennie. Mais ils restent nombreux avant une orientation (troisième et seconde). Ils jouent alors un «rôle stratégique» et «reflètent un décalage entre ambition des familles et recommandation des équipes pédagogiques». Le redoublement continue à s'appliquer dans les petites classes: 7% des élèves redoublent le CP ou le CE1. Selon le Cnesco, au moins un tiers des pays européens interdisent cette pratique au début du primaire.

Le portrait-type? Un garçon, d'une famille monoparentale, du début d’année…

Le portrait-type du redoublant: un garçon, dans une famille monoparentale, né au premier trimestre plutôt qu'au troisième, et qui est allé moins d'un an en maternelle. Des parents éduqués et un père ayant un emploi à temps plein réduisent la probabilité. La nationalité «n'est désormais plus un facteur discriminant».

Enseignants et parents considèrent le redoublement comme «bénéfique». Selon de récentes études, cela «n'a pas d'effet sur les performances scolaires à long terme» mais a «toujours un effet négatif sur les trajectoires scolaires et demeure le meilleur déterminant du décrochage».

A l'étranger, des dispositifs visent à « laisser une seconde chance aux élèves », comme des écoles d'été pour rattraper les lacunes et passer un examen en septembre afin d'être promus. Des classes à effectif réduit et du soutien scolaire, parfois dès la maternelle, sont aussi prévus.

En 2015, le redoublement deviendra «exceptionnel»

Les élèves sont « ambivalents » à l'égard du redoublement, note Nathalie Mons, en commentant une enquête du Cnesco menée en novembre auprès de collégiens et lycéens. Si une large majorité en ont une vision «positive» («seconde chance»...), ils sont aussi nombreux à juger qu'il «démotive», «diminue la confiance en soi» et « entraîne un sentiment d'infériorité».

A la rentrée 2015, le redoublement deviendra «exceptionnel», se fera en accord avec les parents et entraînera un accompagnement spécifique des élèves.