Au mémorial de la Shoah, François Hollande rend hommage aux victimes sur fond d’inquiétudes

SOCIETE Le chef de l’Etat a rendu hommage aux victimes d’Auschwitz et s’est adressé aux Juifs de France...

Faustine Vincent

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François Hollande au mémorial de la Shoah à Paris, le 27 janvier2015.
François Hollande au mémorial de la Shoah à Paris, le 27 janvier2015. — Martin Bureau/AP/SIPA

La commémoration des 70 ans de la libération du camp d’extermination d’Auschwitz intervient dans un contexte troublé. Trois semaines plus tôt, des attaques ont ensanglanté Paris, dont l’une a visé un supermarché casher, faisant 4 victimes juives. Les actes antisémites ont quant à eux doublé en un an, selon le Crif.

Dans son discours ce mardi matin au Mémorial de la Shoah à Paris, le premier centre d'archives d'Europe sur la Shoah, François Hollande n’a donc pas seulement rendu hommage aux 76.000 juifs français déportés sous Vichy. Il a également lancé un appel aux Juifs de France, annoncé des mesures pour lutter contre l’antisémitisme et le racisme, et rappelé qu’«au-delà des différences, légitimes, et le débat démocratique, nécessaire», «il y a la République, une et indivisible».

«La République française n’oubliera jamais»

«Je sais ce qui vous tourmente, a lancé le président aux survivants de la Shoah. Qui parlera quand vous ne serez plus là ? Je vous fais cette promesse: la République française n'oubliera jamais».

Il a rendu hommage aux 6 millions de juifs exterminés pendant la Seconde guerre mondiale, victimes du «plus grand crime jamais commis contre l'humanité». Un crime «perpétré ici, en terre d'Europe, par le régime d'une des nations les plus civilisées de notre continent et il trouva des alliés et des complices, jusqu'en France sous le gouvernement de Vichy».

L'antisémitisme, une «réalité insupportable»

En résonance avec l’actualité, François Hollande a ensuite dénoncé le «fléau» de l'antisémitisme, une «réalité insupportable» aujourd'hui en Europe et qui «conduit certains Juifs à s'interroger sur leur présence en France». «Vous, Français de confession juive, votre place est ici. La France est votre patrie», a affirmé le président.

Il a annoncé la présentation «d'ici la fin du mois de février d'un plan global de lutte contre le racisme et l'antisémitisme». «Sécurité», «transmission» vers les jeunes générations et «régulation du numérique» en seront les axes principaux. La caractérisation raciste et antisémite sera désormais considérée comme une circonstance aggravante d'un délit.

>> Voir le détail du renforcement des sanctions contre l'antisémitisme annoncé par François Hollande

«La France protégera tous ses enfants, elle ne tolérera aucune insulte, aucun outrage, aucune profanation. Cela vaut pour tous les cultes », a-t-il assuré.

Contre le complot, «les opérateurs internet ne peuvent plus fermer les yeux»

A plusieurs reprises, il a évoqué et pourfendu la thématique du complot, l’un des «ressorts de l’antisémitisme». Il a insisté sur la nécessité de «prendre conscience que les thèses complotistes prennent leur diffusion par Internet et les réseaux sociaux. Or nous devons nous souvenir que c'est d'abord par le verbe que s'est préparée l'extermination».

Il a appelé à agir au niveau européen voire international «pour qu'un cadre juridique puisse être défini et que les plateformes internet qui gèrent les réseaux sociaux soient mises devant leurs responsabilités, et que des sanctions soient prononcées en cas de manquements».  Les «grands opérateurs […] ne peuvent plus fermer les yeux, ou alors ils seront considérés comme complices», a-t-il ajouté.

Il a enfin souligné le rôle de l’école pour lutter contre l’ignorance. La Shoah «doit pouvoir être enseignée partout, sans aucune restriction», a insisté le chef de l’Etat.

François Hollande doit s'envoler cet après-midi vers la Pologne pour assister aux commémorations à Auschwitz.

>>> Suivez en direct les commémorations pour les 70 ans de la libération du camp d'Auschwitz