Annonces sur la laïcité: «Les mesures du gouvernement vont dans le bon sens»

INTERVIEW Auteur d'un rapport en 2004 qui soulignait l'augmentation des manifestations d'appartenance religieuse, Jean-Pierre Obin analyse les annonces du gouvernement mercredi et jeudi pour renforcer les valeurs de la République...

Propos recueillis par Delphine Bancaud

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Najat Vallaud-Belkacem le 22 janvier 2015 annonce son plan pour renforcer les valeurs de la République à l'école.
Najat Vallaud-Belkacem le 22 janvier 2015 annonce son plan pour renforcer les valeurs de la République à l'école. — AFP/ ERIC FEFERBERG

Déjà en 2004, il s'alarmait du poids grandissant des revendications religieuses à l'école et pointait «des évolutions inquiétantes» pour l'ensemble de la société dans un rapport de l’inspection générale de l’Education nationale. Jean-Pierre Obin, désormais inspecteur général honoraire de l'Education nationale, analyse la situation d’aujourd’hui et revient sur les annonces du gouvernement pour renforcer les valeurs de la République.

En 2004 vous dénonciez l’augmentation des manifestations d’appartenance religieuse. La situation a-t-elle empiré depuis?

La tendance au communautarisme de certains élèves s’est renforcée en dix ans. Certains ont le sentiment de ne pas faire partie de la société française et se construisent une identité en marge. Et si en 2004, quelques élèves perturbaient les hommages aux victimes attentats de New York et de Madrid en faisant du chahut, désormais ceux qui le font l’assument totalement. Dans certains établissements, il est aussi  encore plus difficile d’aborder certains pans de l’histoire ou d’évoquer la sexualité en sciences naturelles. Enfin, des élèves font régulièrement des tentatives pour contourner la loi sur le port de signes religieux. Certaines filles portent par exemple, des robes noires très longues.

Comment l’expliquez-vous?

Notamment par les changements géopolitiques et par le rôle croissant d’Internet dans la propagation d’idéologies et de rumeurs.

A sa sortie en 2004, votre rapport était passé inaperçu et aujourd’hui le gouvernement lance un grand plan autour de la laïcité et de la mixité sociale. Pourquoi ce changement d’état d’esprit?

Très longtemps, la devise du ministère de l’Education était: «pas de vagues». On faisait la politique de l’autruche. Mais après les derniers attentats et leur résonance à l’école, ce n’est plus possible de remettre le couvercle.

Estimez-vous que les mesures annoncées par le gouvernement sont à la hauteur de la situation?

Oui, je suis très agréablement surpris par leur ampleur et leur cohérence. Il ne s’agit pas uniquement de mesures à court terme et elles vont dans le bon sens. Décider d’évaluer la capacité à expliquer et à faire partager les valeurs de la République des candidats aux concours d’enseignement est par exemple, une très bonne chose. Car cela prouve qu’au-delà de leur maîtrise d’une matière, on va les évaluer sur la capacité d’être de bons éducateurs.

Quelles sont les mesures les plus intéressantes selon vous?

Le fait de former les enseignants, mais aussi les autres personnels à la laïcité est une excellente chose. Et avec 1.000 premiers formateurs, on enclenche une dynamique. L’instauration d’une journée de la laïcité est aussi très importante pour faire vivre la communauté. Cela peut être l’occasion d’organiser une fête pour les nouveaux élèves, une exposition sur une action humanitaire à laquelle l’établissement a participé… Le fait d’inciter la création d’un média (radio, journal, blog…) dans chaque collège et lycée est aussi une bonne idée pour aider les élèves à comprendre concrètement comment doit être traitée l’information. Quant au nouvel enseignement moral et civique, j’espère qu’il ne sera pas trop théorique et qu’il répondra au monceau de questions que les élèves se posent. Mais j’attends de voir ce qu’il sera avant de juger.

Quelles mesures manquent à ce plan?

Je pense qu’il aurait fallu créer une incitation pour les chefs d’établissements à veiller à la mixité sociale dans leurs murs. Il faudrait récompenser ceux qui, dirigeant un établissement élitiste, l’ouvrent à des élèves de milieux populaires et ceux qui, à la tête d’un établissement défavorisé, arrivent à faire revenir des élèves issus des classes moyennes. Et le cas échéant, leur donner davantage de moyens.