Valeurs de la République à l'école: Trois professeurs «satisfaits» attendent du «concret»

TEMOIGNAGES Trois professeurs réagissent après les annonces jeudi de la ministre de l'Education nationale...

Propos recueillis par F.V.

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La ministre de l'Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, à côté du Premier ministre Manuel Valls, le 22 janvier 2015 à Paris
La ministre de l'Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, à côté du Premier ministre Manuel Valls, le 22 janvier 2015 à Paris — Eric Feferberg AFP

Laïcité et valeurs républicaines, apprentissage de la citoyenneté, réduction des inégalités: la ministre de l'Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, a détaillé jeudi des mesures au nom de sa «mobilisation» de l'école pour la République après les attentats à Paris. Trois professeurs livrent leur réaction.

Jean-Pierre Gross, professeur d'anglais au lycée Paul Lapie de Courbevoie (92):

«Je suis assez d'accord dans l'esprit avec ces annonces, même si j'attends de voir les répercussions sur le terrain. Je suis très content de la mesure portant sur la formation des élèves aux médias -comment s'informer et vérifier ses sources. C'est au coeur de ma pédagogie depuis quinze ans. Mais il vaudrait mieux avoir un référent, bien formé, par établissement, plutôt que de faire porter cette charge supplémentaire sur les profs. Le risque, c'est d'avoir des enseignants qui ne sachent pas répondre aux questions des élèves, et c'est ce qu'il y a de pire.

Sur la laïcité, j'ai peur que les grands discours ne soient pas assimilés par les élèves. La communication doit être adaptée à leur vécu.

Je regrette aussi l'absence de la question des sureffectifs et de l'orientation des élèves -trop d'entre eux ne sont pas à leur place et développent des comportements hostiles. On a l'impression que le quotidien des enseignants n'a pas assez été pris en compte.»

Viviane Youx, ancienne professeur de français en lycée technologique à Poitiers (86) et présidente de l'Association française des enseignants de français:

«Je suis globalement satisfaite par ces annonces, mais il faudra voir les moyens concrets qui seront déployés. Les enseignants de français sont en première ligne. Cela faisait plus de deux ans qu'on alertait le ministère sur le développement des inégalités scolaires. On avait préconisé de se préoccuper de la compréhension de l'écrit qui, contrairement à ce qu'on peut croire, ne va pas de soi. La mesure 6, qui engage «un chantier prioritaire pour la maîtrise du français» répond à cette attente.

Je salue aussi le retour de la formation continue, qui a disparu depuis quelques années.

C'est bien également de créer des espaces de dialogue avec les élèves, à condition de former les enseignants. On l'a vu pendant la minute de silence: quand il y a eu des débordements, les professeurs n'avaient pas toujours les réponses pour fixer des limites.»

Frédérique Rolet, professeur de lettres au collège Lavoisier, dans la banlieue de Lille (59), et Secrétaire générale du Syndicat National des Enseignements du Second degrés (SNES):

«Cest bien que la ministre ait insisté sur la nécessité de la formation des enseignants, car pour beaucoup d'entre eux, c'est difficile de savoir comment aborder les questions de laïcité ou de transmission des valeurs de la République.

Le développement de partenariats avec des journalistes ou des juristes [dans le cadre de la «réserve citoyenne»] est positif aussi, ça rappelle que l'école n'est pas fermée sur elle-même.

La question, c'est «va-t-on sortir du déclaratif pour avoir du concret?». On garde le sentiment d'être dans un catalogue de mesures qui existaient déjà ou qui relèvent de la simple incantation -comme lorsqu'on appelle à «rétablir l'autorité»- tandis que l'impasse a été faite sur les conditions de travail des enseignants.»