Pour les Kouachi et Coulibaly de France, leur nom est devenu un boulet

HARCELEMENT  Nombre d’entre eux sont victimes de menaces...

N.Beu.

— 

Les frères Kouachi et Amedy Coulibaly, suspectés des attaques contre «Charlie Hebdo», à Montrouge, Dammartin-en-Goële et Porte de Vincennes en janvier 2015.
Les frères Kouachi et Amedy Coulibaly, suspectés des attaques contre «Charlie Hebdo», à Montrouge, Dammartin-en-Goële et Porte de Vincennes en janvier 2015. — PHOTOMONTAGE 20 MINUTES

Ils s’appellent Kouachi ou Coulibaly, vivent en France mais n’ont pas plus à voir avec les auteurs des attentats de Paris que les Dupont ou les Durand. Et pourtant, depuis une dizaine de jours, ils supportent les regards soupçonneux, les insultes et les menaces téléphoniques nocturnes.  

Au Figaro, une mère de famille qui vit en Indre-et-Loire raconte par exemple le calvaire de s’appeler Kouachi. Celui de ses enfants, surtout. Dès le 8 janvier, au lendemain de la tuerie de Charlie Hebdo, raconte-t-elle, «on a commencé à les insulter, on a traité mon fils de terroriste au collège, pareil pour ma fille au lycée». En Languedoc-Roussillon, une autre femme répondant au nom de Kouachi raconte au journal: «Ma sœur a reçu des menaces de mort et n'a pas dormi chez elle pendant les premiers jours, donc je n'ai pas envie qu'il m'arrive la même chose.»

«Si vous envoyez un CV avec Kouachi...»

Les appels menaçants, tous ou presque en ont été victimes. La femme d’un Amedy Coulibaly confie au Figaro qu’elle en a même reçus en pleine nuit. «Personne ne parle au bout du fil, explique cette mère de famille qui vit dans les Hauts-de-Seine. C'est hyper angoissant.» Epuisés, certains ont dû fuir leur domicile pour retrouver la paix.

Une madame Kouachi raconte notamment à RTL avoir été l’objet de menaces très violentes: «“On va te crever, on sait où tu habites, on sait qui tu es”. J’ai dû partir de chez moi.» «La peur est continuellement là, explique-t-elle. Dans la rue, je me retourne, je me demande si un malade ne va pas me sauter dessus. Dans la vie de tous les jours, je ne peux plus faire de chèque sans qu'on me regarde de travers.»

Certains ont songé à changer de nom

Pour espérer calmer les haineux et les idiots, certains ont songé à changer de nom, avant de renoncer. D’autres ont déposé une main courante. Omar Coulibaly, un jeune humanitaire, a lui rédigé une tribune parue dans Le Monde s’adressant à son funeste homonyme qui a «sali, humilié, souillé» son nom, pour affirmer qu’il «continuera à le porter et non moins fièrement».

Passé l’émotion et la surmédiatisation des attentats, les Kouachi et Coulibaly espèrent tous pouvoir retrouver l’anonymat. Mais certains d’entre eux redoutent que les conséquences de leur homonymie ne se fassent sentir sur le long terme. «Aujourd’hui, si vous envoyez un CV avec Kouachi, je doute que l’on vous prenne», regrette notamment une femme citée par RTL. Ou comment redonner une actualité au CV anonyme, sur lequel le ministre du Travail doit rendre ses conclusions en mars...