Un expert met en doute un processus de radicalisation chez les nouveaux djihadistes

RELIGION Selon lui, ils sont désocialisés, liés à «aucune structure communautaire, même musulmane»...

20 Minutes avec AFP

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Une capture d'écran d'une vidéo postée par Jordi Mir, un résident, de la tuerie des frères Kouachi le 7 janvier 2015 à Paris
Une capture d'écran d'une vidéo postée par Jordi Mir, un résident, de la tuerie des frères Kouachi le 7 janvier 2015 à Paris — Jordi Mir Images fournies par Jordi Mir

Un sociologue des religions, Raphaël Liogier, a mis en doute ce mercredi la pertinence du concept de radicalisation concernant la nouvelle génération de djihadistes, qui selon lui «sautent dans le djihadisme sans passer par l'islam».

Le directeur de l'Observatoire du religieux à l'Institut d'études politiques (IEP) d'Aix-en-Provence s'exprimait en ouverture des auditions de la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur la surveillance des filières djihadistes, présidée par l'UMP Eric Ciotti.

«Peut-être qu'il faudrait réviser cette notion de radicalisation, qui était valable pour les djihadistes de la fin du XXe siècle», a indiqué Raphaël Liogier, auteur en 2012 du Mythe de l'islamisation (Seuil), citant Khaled Kelkal, responsable de la vague d'attentats de 1995.

«Un héros de l'islam»

Selon cet expert, une «nouvelle génération» incarnée par les frères Kouachi - les tueurs de Charlie Hebdo - et Amédy Coulibaly - auteur de la prise d'otages sanglante dans une supérette casher - pose plutôt «la question de l'extrémisme sans radicalisation».

«Il n'y a plus (chez eux) d'idéologie cohérente mais des slogans. Il n'y a pas d'endoctrinement théologique», précise-t-il.

«Ces jeunes ont la caractéristique des rêves déchus», souligne Raphaël Liogier, évoquant un «stigmate négatif que n'importe quel idéologue peut transformer en stigmate positif», sur le thème: «Tu es Arabe, tu n'as pas de boulot, toutes ces épreuves sont positives en réalité, tu es un héros de l'islam».

Le sociologue a aussi relativisé la question de la radicalisation en prison, qu'il voit davantage comme un «lieu de rencontre des humiliations», et celle des cadres musulmans. «Cela pose problème parce que [...] à quoi sert de former des imams quand [...] nous sommes face à des gens qui ne vont pas à la mosquée le vendredi parce que ce n'est pas le bon islam?».

Salafisme n'est pas djihadisme

L'universitaire met aussi en doute l'efficacité de la «lutte contre le communautarisme» face à des «individus qui sont désocialisés» et ne sont liés à «aucune structure communautaire, même musulmane».

Raphaël Liogier insiste enfin sur les confusions à éviter, notamment entre djihadisme et salafisme. Il a ainsi nommé l'imam de Brest, Rachid Abou Houdeyfa, un quiétiste dont les vidéos rencontrent un vif succès auprès des jeunes et qui est clairement hostile au djihad guerrier.

«Il a un impact plus fort que certains imams qu'on cherche à promouvoir pour se rassurer» mais que beaucoup de musulmans «détestent», a-t-il fait valoir, citant le médiatique imam de Drancy Hassen Chalghoumi.